Swing chronique
Magazine
Samedi 26 août 2017
5 min

Blues

Tout l'été, Raphaël Imbert revient sur l'histoire du swing... Aujourd'hui le blues

« Le Jazz est la règle, le blues est l’outil et le swing est l’évidence ! ».
Ce slogan m’est apparu lors de mes voyages dans le sud des Etats-Unis pour le compte du LAHIC, qui m’avait missionné pour étudier le rapport entre musiques populaires américaines, improvisation et nouvelles technologies. En Louisiane, dans les montagnes des Appalaches comme dans les métropoles d’Atlanta et New Orleans, le swing était partout, les musiciens bluegrass jouaient les ragtimes et les jazzmen tournaient leur regard vers le hip hop, quand les bluesmen de Géorgie interprétaient Robert Johnson comme Beyoncé.
Si le swing est partout, c’est que le blues est en partage. Pas le blues comme style, surtout celui qui est défendu en tant que tel en France dans les festivals spécialisés, et qui représente une infime partie du blues tel qu’il existe.
Le blues est un outil de travail, d’improvisation et de composition à part entière. Il renoue avec les répétitions formelles et constructives des chants populaires du monde entier, comme de nos comptines médiévales françaises et les ballades anglaises de la renaissance. Usant des « Blue Notes », Il y ajoute une ambiguïté fondamentalement nouvelle, presque un acte de civilisation, en se jouant des règles de l’harmonie tonale et du tempérament égal que l’Occident avait pourtant élaboré durant près de dix siècles. Enfin, il donne une autonomie de l’artiste inédite, le bluesman joue d’abord pour lui même, ce qui aura des conséquences déterminantes sur l’acte d’improvisation dans le jazz, un musicien indépendant improvisant avec les autres dans un acte totalement collectif.
On peut user du blues dans tous les contextes, nous l’avons dans nos swing chroniques, de Erwinn Schulloff à Eddy Louiss, en passant par Elvis et Bob Wills. Même dans le cadre des révolutions les plus radicales, les tenants du Free Jazz que sont Ornette Coleman, Albert Ayler, John Coltrane, Archie Shepp l’ont toujours élaboré dans le cadre de cet outil extraordinaire d’invention musicale générative.

Même chez les Cajuns, communauté francophone résistante perdue au milieu des bayous de Louisiane, le blues devient un outil de mémoire, de fierté, de transmission efficace. Entendons ici comment la chanteuse Marion Rampal dialogue en 2016 dans l’album « Main Blue » avec Alma Barthélémy qui avait été enregistrée quelques décennies auparavant dans ce poignant « Trois Capitaines ». Ce faisant, Marion Rampal et Alma Barthélémy nous rappelle une autre évidence, dans le cadre familiale ou professionnel, les femmes ont été les initiatrices et actrices du swing et du blues tels qu’ils se sont inventés et tels qu’ils ont évolué. Les femmes sont les grandes oubliées de cette histoire, il n’est que temps de le reconnaître

♫ « La Belle et les trois capitaines » album « Main Blue » par Marion Rampal 2016

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