Samedi 13 juin 2015
3h 49mn

Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas

Opéra enregistré le 6 mai 2015 à l'Opéra national du Rhin.

Ariane et Barbe-Bleue, « conte musical » en trois actes de Paul Dukas (1865-1935) **** , sur un livret de Maurice Maeterlinck. Créé le 10 mai 1907 à l'Opéra-Comique de Paris.

«Barbe-Bleue n’a pas fait périr ses femmes successives, comme on le croit. Il les a enfermées dans un souterrain sans lumière et sans liberté. Et il a épousé Ariane, qui arrive dans le château tristement fameux pleine de curiosité, comme celles qui l’y ont précédée. Elle veut savoir le secret du maître. Elle aussi, elle ouvrira la porte défendue avec la petite clef d’or tentatrice. Mais c’est dans une intention différente: « D’abord, dit-elle, il faut désobéir. C’est le premier devoir quand l’ordre est menaçant et qu’il ne s’explique pas. » Elle ne juge pas commettre une faute et ne redoute point les conséquences de son audace. Elle ne craint pas Barbe-Bleue. Elle le brave. Les paysans du voisinage le lui livrent garotté, le livrent à la vengeance de ses victimes. Mais Ariane défait les liens de Barbe-Bleue et demeure à sa merci, sûre de sa beauté et du triomphant effet de sa calme volonté. Barbe-Bleue reste interdit. Ariane alors prononce ce simple mot: « Adieu ! » et dépose un baiser sur le front de celui qu’elle va quitter pour toujours. Barbe-Bleue fait un mouvement pour la retenir. C’est en vain. Suivie de sa nourrice, Ariane se dirige vers de nouveaux destins, tandis que les autres femmes, délivrées par Ariane, qui leur a montré la beauté de la vie libre dans la lumière, entourent le maître blessé qu’elles ne veulent point abandonner, non plus que leur monotone servitude.

Mæterlinck offrait à Paul Dukas un beau poème, le poème de la délivrance, un poème plein de pensée, plein de sous-entendus symboliques, de fécondes réticences, à dessein un peu vague dans quelques-unes de ses indications, pour mieux laisser sa part à la méditation –riche d’humanité dans son fond un peu obscur.  L’essentiel n’est pas dit.

A nous de le deviner.
 A la musique de l’exprimer, pour nous y aider.

En 1910, Paul Dukas  écrivit quelques pages pour servir de commentaire à la signification poétique et musicale du personnage d’Ariane. Il débutait ainsi : «Personne ne veut être délivré. La délivrance coûte cher parce qu’elle est l’inconnu et que l’homme (et la femme) préférera toujours un esclavage « familier » à cette incertitude redoutable qui fait tout le poids du « fardeau de la liberté ». Et puis, la vérité est qu’on ne peut délivrer personne : il vaut mieux se délivrer soi-même. Non seulement cela vaut mieux, mais il n’y a que cela de possible.  » Et tout le drame d’Ariane est là : elle délivre des femmes qui ne veulent pas être délivrées. Elle s’aperçoit enfin de son erreur, elle comprend qu’elle est seule à mettre sa liberté au-dessus de son amour. Cas exceptionnel, cas unique qui rend justement impraticable l’amour, la plus étroite des servitudes. Vivre libre, idéal qui met l’homme en dehors de la société, en dehors de ses semblables, en dehors de son propre bonheur. Mais où va donc Ariane après son inutile effort ? »

Emile Vuillermoz, Histoire de la musique, Fayard, Paris, 1949.
 Présentation de l’opéra sur le site de l’Opéra National du Rhin

© Alain Kaiser
© Alain Kaiser

► En ouverture de l’opéra, Judith Chaine s’entretient avec Marc Clément, directeur de l’Opéra du Rhin, le chef d’orchestre Daniele Callegari, Lori Phillips  (Ariane) et le metteur en scène Olivier Py. A l’issue de l’opéra, elle reçoit Sylvie Brunet  (la Nourrice) et MarcBarrard  (Barbe-Bleue) ainsi que les artistes de l’Opéra Studio, cellule de formation de l’Opéra National du Rhin.  

► Distribution :
 Barbe-Bleue, Marc Barrard
 Ariane, Lori Phillips
 La Nourrice, Sylvie Brunet-Grupposo
 Sélysette, Aline Martin
 Ygraine, Rocío Pérez
 Mélisande, Gaëlle Alix
 Bellangère, Lamia Beuque
 Un vieux paysan, Jaroslaw Kitala
 Deuxième paysan, Peter Kirk
 Troisième paysan, David Oller

Chœurs de l'Opéra national du Rhin    Orchestre symphonique de Mulhouse
Daniele Callegari, direction musicale

Olivier Py, mise en scène
 Décors et costumes de Pierre-André Weitz
 Lumières de Bertrand Killy 

► Sites web des barytons Marc Barrard et David Oller, de la sopranoLori Phillips  et de la mezzo-soprano Lamia Beuque.

© Alain Kaiser
© Alain Kaiser

► Bibliographie :  

  • Avant-Scène Opéra n°149-150, *Ariane et Barbe Bleue * de Paul Dukas, 1992.  
  • Simon-Pierre Perret  et Marie-Laure Ragot, Paul Dukas, Paris, Fayard, 2007.  
  • Dans son livre Logique des mondes  (Seuil, 2006), Alain Badiou  propose une lecture de l'opéra.  
  • Bénédicte Palaux-Simonnet, Paul Dukas, Genève, Éditions Papillon, 2001.

Barbe-Bleue  de Georges Méliès  (1901) :

Avant l’opéra :

► Interview de Marc Clément, directeur de l’Opéra du Rhin  

Victor Staub (1872-1953)
 Arrangement de L’Apprenti Sorcier  de Paul Dukas : Scherzo d’après une ballade de Goethe
Yuja Wang, piano
 Deutsche Grammophon 479 0052  

► Interview du chef Daniele Callegari 

Paul Dukas (1865-1935)
La Péri : Poème dansé en un tableau
New York Philharmonic    Pierre Boulez, direction
 Enr. 1975
 Sony Classical SMK 68 333  

► Interview de Lori Phillips  (Ariane)  

Béla Bartok (1881-1945)
 Début du Château de Barbe-Bleue, dialogue entre Judith et Barbe-Bleue « De Barbe-Bleue c’est la demeure »
Jessye Norman, Judith
Lazlo Polgar, Barbe-Bleue
Orchestre Symphonique de Chicago    Pierre Boulez, direction
 Enr. 1993
 Deutsche Grammophon 447 040-2  

► Interview du metteur en scène Olivier Py 

Paul Dukas (1865-1935)
Sonate, mouvement III - Vivement, avec légèreté
David Bismuth, piano
 Enr. 2004
 Ame Son ASCP 0607  

Après l’opéra :  

► Interview de Sylvie Brunet  (La Nourrice) et Marc Barrard  (Barbe-Bleue)  

Paul Dukas (1865-1935)
Variations, interlude et final sur un thème de Rameau  / *Variation IV * « un peu animé, avec légèreté »
Olivier Chauzu, piano
 Caliope CAL 9388  

► Interview des artistes de l’Opéra Studio 

Richard Strauss (1864-1949)
 Extrait de l’opéra *Salomé * (à partir de la Danse des Sept voiles)
Cheryl Studer, Salomé
Léonie Rysanek, Hérodias
Bryn Terfel, Jochanaan
Orchestre de l’Opéra de Berlin    Giuseppe Sinopoli, direction
 Enr. 1990
 Deutsche Grammophon 431 810-2

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