Ronde de nuit
Programmation musicale
Dimanche 27 octobre 2013
1h 58mn

Typiquement british !

Ce 71ème numéro de Ronde de Nuit est consacré au cinéma britannique. TYPIQUEMENT BRITISH, un titre qui évoque sûrement quelque-chose pour les cinéphiles ou les DVDphiles… C'est déjà le nom d'une très belle collection de DVD proposée par l'éditeur Doriane Films et dont quelques spécimens seront chroniqués dans cette émission. Typiquement British, fut avant cela, le nom d'une rétrospective consacrée au cinéma britannique qui eut lieu au Centre Pompidou en 2000. Et si on cherche plus lointainement encore, ce titre fait écho à Typically British, étendard sous lequel la télévision britannique participa aux célébrations du centenaire du cinéma en 1995, en diffusant une série d'émissions passionnantes.

Typiquement british !
Union-Jack 35 mm

Depuis quelques mois, il existe comme un regain d'intérêt vis-à-vis du cinéma anglais classique, un certain nombre de films d'outre-Manche ayant été édités en DVD ou en Blu Ray en France dans une période resserrée. C'est en soit un événement auquel le cinéphile sera évidemment sensible, mais qui peut aussi éveiller l'admiration d'un public qui ne connaît pas encore ce cinéma, son histoire passée et récente, le mépris dont il fut la victime, ou l'admiration qu'il suscita et suscite encore aujourd'hui à juste titre.

♫ EN AVANT LA MUSIQUE!!

En contrepoint de mes commentaires, je vous proposerai des extraits des musiques ornant et soutenant ces films (Ralph Vaughan Williams, John Dankworth, John Addison, Michel Legrand, Georges Auric ou bien encore Irving Berlin et Mischa Spoliansky seront de la partie), mais également des extraits de dialogues en version originale et des ambiances diverses et variées...

. LE FILM DE GUERRE :

Pour ouvrir l'émission, nous évoquerons trois films de guerre. Le premier, célébrissime, Le 49èmeparallèle (1941), fut la troisième collaboration du tandem formé par le cinéaste anglais Michael Powell et le scénariste hongrois Emeric Pressburger, après L'Espion noir (1939) et Espionne à bord (1940). C'est avec leur film suivant, Un de nos avions n'est pas rentré, que naîtra en 1942, leur société de production indépendante "The Archers", sous la bannière de laquelle ils réaliseront des films mondialement admirés, avec en entête le célèbre "Ecrit, produit et réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger" : Le Colonel Blimp (1943), A Canterbury Tale (1944), Je sais où je vais (1945), Une question de vie ou de mort (1946), Le Narcisse noir (1947), Les Chaussons rouges (1948), The Small Black Room (1949), La Renarde (1950), Le Chevalier de Londres (1950), Les Contes d'Hoffmann (1951), Oh... Rosalinda!! (1953) et La Bataille du Rio de la Plata (1956). Le 49èmeparallèle, tout comme six autres films des Archers, fut édité en DVD en 2006 dans une magnifique parure, blindée de bonus, par l'Institut Lumière. Depuis, une restauration numérique et / ou une remasterisation en haute définition a été effectuée sur certains d'entre eux et c'est Carlotta Films qui propose à son tour, en DVD et en Blu Ray, après les éditions réussies des films Les Chaussons rouges, Le Narcisse Noir et Colonel Blimp, ce 49èmeparallèle qui fut un des outils de propagande de Churchill pour faire entrer les Etats-Unis dans le conflit qui secouait la vieille Europe. Le film sort le 24 novembre 1941 sur les écrans britanniques et se classe deuxième au box-office derrière Le Dictateur de Chaplin. Deux semaines plus tard, l’attaque de Pearl Harbor précipite l’entrée en guerre des Américains. Pressburger recevra en 1943, l'Oscar de la meilleure histoire originale pour ce long-métrage, dont Eric Portman, Laurence Olivier, Anton Walbrook, Leslie Howard et Raymond Massey, se partagent l'affiche avec brio. Un grand film de guerre, un grand film d'aventures.
Les deux autres films de guerre dont nous parlerons sont édités par Sidonis. Sous le titre provocateur Enfants de salauds (1969), se cache Play Dirty film de très haute tenue signé André De Toth. Dans le rôle titre, Michael Caine, alias Captain Douglas, ingénieur de la British Petroleum, doit accompagner un commando en Libye, dans le but de faire exploser des réserves de carburant détenues par les Nazis. Ce film, charge extraordinaire contre l'absurdité de la guerre, de l'armée et des hommes qui la font, possède une des fins les plus inoubliables de toute l'histoire du cinéma (ainsi qu'un début presque aussi inoubliable), tous deux soutenus par la chanson allemande "Lili Marleen". C'est sous la bannière de sa société de production "Lowndes Productions Limited" qu'Harry Saltzman, l'initiateur de la franchise des James Bond, produisit ce bijou qu'on compare à tort au Douze salopards de Robert Aldrich. Il lui est bien supérieur en réalité.
La Flamme pourpre (Purple Plain, 1954), un des plus beaux films de guerre auxquels participa Gregory Peck, avec Un Homme de fer d'Henry King en 49 et La Gloire et la Peur de Lewis Milestone en 59, fut tourné par un réalisateur à redécouvrir de toute urgence : Robert Parrish. Cet originaire de la Géorgie, USA, après une carrière d'acteur s'étendant de la fin du muet à la fin des années 30 (il a joué chez Murnau, Chaplin et surtout Ford), carrière à laquelle succéda une carrière de monteur durant les années 40, devint cinéaste au début des années 50. Il est l'auteur d'admirables westerns : Libre comme le vent (1958) et L'Aventurier du Rio Grande (1959) et co-réalisa Mississippi Blues (Pays d'octobre), au début des années 80 avec Bertrand Tavernier, son grand ami. Un documentaire musical qui nous emmène aux confins du sud des Etats-Unis, cher à Faulkner et à Twain, sur des rythmes de Blues et de Gospel.

. LA COMEDIE :

La comédie britannique est à l'honneur chez l'éditeur Tamasa, avec Morgan (A Suitable Case for Treatment), tourné en 1965 par Karel Reisz, un des "Angry Young Men" (Jeunes gens en colère) initiateurs du Free Cinema. Morgan est une merveille d'équilibre entre comédie romantique un peu vacharde et satire sociale plus féroce qu'elle n'y paraît. L'auteur de Samedi soir, dimanche matin (1960), Isadora (1968), et La Maîtresse du Lieutenant français (1981), offrit à David Warner un de ses plus beaux rôles. Morgan est un personnage décalé qui tente de reconquérir sa femme qui vient d'obtenir le divorce, en inventant les absurdités les plus loufoques. Obsédé par Karl Marx et King Kong, il va notamment se déguiser en gorille et tenter d'enlever sa belle en se prenant pour la créature de Cooper et Schoedsack. Face à lui, Vanessa Redgrave dans une de ses premières compositions au cinéma, est irradiante de beauté et d'intelligence. Elle reçu par ailleurs le prix d'interprétation à Cannes pour ce film.
Passeport pour Pimlico (1949) un film de Henry Cornelius et Vacances sur ordonnance (1950) de Henry Cass, sont sans aucun-doute les deux comédies qui manquaient au superbe coffret DVD "So British !"consacré aux studios Ealing sorti en 2004 chez StudioCanal. Dans la première, Passeport pour Pimlico, les habitants de ce quartier de Londres sur les terres duquel l'explosion d'une bombe datant de la guerre a mis à jour un trésor et un édit royal certifiant que Pimlico est la propriété des ducs de Bourgogne, vont proclamer leur indépendance vis-à-vis de la couronne britannique ! Hilarant… et à méditer !
La seconde, Vacances sur ordonnance, donne à Alec Guinness un de ses premiers grands rôles, après le Fagin campé pour David Lean dans Oliver Twist (1948) et son octuple-rôle tenu pour le compte de Robert Hamer dans Noblesse oblige (1949). Dans Vacances sur ordonnance, il apprend qu'il est atteint d'une maladie incurable et à l'instar de Takashi Shimura dans Vivre ! (1952) de Kurosawa, va réaliser qu'il n'a pas suffisamment profité de sa vie et tenter de rattraper le temps perdu. L'amour, mais aussi l'humour, avec un grand "H", viennent nimber cette comédie douce-amer à ne rater sous aucun prétexte !

. LE FILM NOIR :

Si le Film Noir est un courant majeur de l'histoire du cinéma américain dont l'âge d'or s'étend du début des années 40 à la fin des années 50, il ne faut pas oublier qu'une de ses matrices, à l'instar de l'expressionnisme allemand, fut le roman policier britannique, dont Arthur Conan Doyle était le chef de file. Toujours est-il que le Film Noir britannique n'a rien à envier à son cousin U.S., tout du moins en qualité (en quantité c'est une autre histoire…). La preuve avec une merveille des frères Boulting, Ultimatum (1950) édité par Tamasa, et deux titres prenant place dans la collection "Typiquement British" de l'éditeur Doriane Films qui donne son titre à l'émission ce mois-ci : Je suis un fugitif (1947) de Cavalcanti et Temps sans pitié (1957) de l'exilé Joseph Losey.

. LE FILM HISTORIQUE :

Bandeau 04
Bandeau 04

Alexandre Korda, le juif-hongrois magnifique, réalisateur et producteur de légende qui donna un coup de pouce décisif à la carrière de bien des cinéastes, dont Michael Powell à qui il permit de faire LA rencontre professionnelle de sa vie avec Emeric Pressburger sur L'Espion Noir (1939), produisit des films mémorables, parmi lesquels Les Quatre Plumes blanches (1939), Le Voleur de Bagdad (1940) et bien-sûr Le Troisième Homme (1949). En tant que réalisateur, on lui doit un chef-d'oeuvre sulfureux : Lady Hamilton (1941) dans lequel Laurence Olivier en Amiral Nelson et Vivien Leigh en Lady Hamilton donnaient chair à leur personnage de manière évidemment crédible, puisqu'ils étaient amants à la ville. L'histoire se répète... 20 ans plus tard Liz Taylor et Richard Burton créeront le scandale et un film cristallisera de même leur amour : Cléopâtre (1963), le chef-d'œuvre de Mankiewicz.
Après avoir créé en 1932 la "London Films", Alexandre Korda réalisa de 1933 à 1936 un ensemble de 4 longs-métrages qu'on a coutume d'appeler les "Quatre vies privées" d'Alexandre Korda :
La Vie privée d'Henry VIII (1933), Catherine de Russie (1934, crédité du nom de Paul Czinner, mais il est couramment admis que Korda en ait tourné une grande partie), La Vie privée de Don Juan (1934) et Rembrandt (1936). C'est l'éditeur Elephant Films qui nous propose ces pépites en DVD dans sa collection "CinémaMasterClass". Au programme, de grands rôles tenus notamment par Charles Laughton (Henry VIII et Rembrandt), Douglas Fairbanks père (Don Juan) et Douglas Fairbanks Jr. (dans Catherine de Russie), sans oublier Merle Oberon, Robert Donat, Elsa Lanchester ou Flora Robson. Les quatres vies privées d'Alexandre Korda, ou quand l'histoire privée des grands personnages résonne dans l'Histoire...

. A NE PAS MANQUER EGALEMENT :

NE PAS MANQUER
NE PAS MANQUER

Filmé dans 13 pays différents, sur les 5 continents et dans 8 langues, le réquisitoire décapant de Peter Watkins contre l'arme nucléaire, Le Voyage (1983-1986), proposant plus de 14 heures de documentaire réparties sur 19 épisodes, est enfin édité en DVD par Doriane Films qui possède déjà dans sa collection, la quasi-totalité de l'œuvre de ce documentariste britannique hors du commun.

Les Editions Montparnasse proposent quant à elles, la 1ère saison d'une mini-série qui plaira autant aux adeptes de la langue de Shakespeare que celle de Tolstoï :A Young Doctor's Notebook. Cette production de la BBC est une adaptation des histoires courtes et semi-autobiographiques de Mikhaïl Boulgakov (Carnets d'un jeune médecin (1925-1926)). Réalisé par Alex Hardcastle avec pas mal d'inventivité, ce petit bijou d'humour noir et décalé, entre cynisme anglais et burlesque russe est porté par un duo de comédiens remarquable : Jon Hamm, qui tient le rôle principal de la série Mad Men et Daniel Radcliffe, Monsieur "Harry Potter".

Enfin, j'en connais qui se régaleront à l'idée de revoir Monty Python, le sens de la vie (1983), dans une belle parure haute définition qui vient de sortir chez Universal.

. A LIRE :

L'ouvrage indispensable à tout amateur ou connaisseur : HISTOIRE DU CINEMA BRITANNIQUE de Philippe Pilard, paru en 2010 chez Nouveau Monde éditions. Cette admirable étude, est introduite par le cinéaste Stephen Frears.

Bandeau 06
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Sans oublier quelques surprises...

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