Reportage
Entretien
Samedi 8 mai 2021
15 min

Valentina Bressan, en charge des questions de développement durable à l'Opéra de Paris

La scénographe, directrice technique adjointe de l'Opéra de Paris, Valentina Bressan, vient d’être nommée déléguée de la direction générale aux enjeux de développement durable de l’institution. Une nouvelle mission qu’elle nous explique.

Valentina Bressan, en charge des questions de développement durable à l'Opéra de Paris
Décors pour la Bohème de Puccini à l'Opéra de Metz dans la mise en scène de Paul Emile Fourny, © Valentina Bressan

C’est après une visite des coulisses et des sous-sols du Palais Garnier que Valentina Bressan, visiblement passionnée par les lieux, nous accueille dans son bureau. Il y a quelques semaines, une nouvelle mission lui a été proposée au sein de l’Opéra national de Paris où elle était directrice technique adjointe, celle d'écrire la feuille de route développement durable de l’institution. Ce qui la réjouit : « Pour moi c’est une immense joie, parce que je viens de la direction technique, de la scénographie, des costumes, et donc je viens du terrain. Depuis plusieurs années je m’intéresse au changement climatique et à la nécessité d’instaurer une nouvelle méthodologie. J’ai essayé dès mon arrivée ici à l’Opéra de prendre à bras le corps ce sujet, et donc quelque part, ça s’est vu ». 

C’est une mission très vaste qui l‘attend, nous dit-elle. La direction générale souhaite engager une réflexion sur le long terme, et Valentina Bressan devra l’accompagner pour construire cette ambition : « Il faut définir des objectifs et pour cela il faut savoir où on en est. Donc la première phase sera une phase d’analyse, et après on va établir un plan d’action, ce qui est assez frustrant parce qu’on n’est pas dans l’action tout de suite. Mais pour structurer une action cohérente il faut se donner ce temps, se poser, analyser et choisir une stratégie cohérente sur le long terme, réaliste, et je suis ravie de les accompagner dans cette démarche. »

Cette action a pour vocation de toucher beaucoup de sujets ajoute-t-elle. Faire notamment un vaste bilan carbone pour analyser l’impact réel de l’Opéra, qui compte plusieurs lieux : « L’Opéra de Paris, c’est 4 sites, l’Opéra Bastille, le Palais Garnier, l’Ecole de Danse de Nanterre et les Atelier Berthier. L’Opéra de Paris ce n'est pas un seul établissement, c’est presque 1 500 salariés en CDI, donc c’est vraiment une très grande structure et c’est pour ça qu’il faut prendre ce temps de réflexion. »

« Il n’y a pas de meilleur déchet que celui qu’on ne produit pas »

Personnellement, Valentina Bressan est engagée depuis plusieurs années sur les questions écologiques. Depuis un déclic qui a eu lieu en Italie : « Je me suis prise une grosse claque il y a quelques années, quand j’ai été visité une usine de recyclage et j’ai vu la montagne de déchets qui sont jetés inutilement. Je me suis sentie toute petite avec mon tri de déchets et donc à partir de là j’ai commencé une démarche zéro déchet, parce qu’il n’y a pas de meilleur déchet que celui qu’on ne produit pas. J’ai aussi consommé différemment mais c’est difficile à mettre en place, ça prend du temps parce que culturellement, beaucoup de choses sont ancrées en nous ». 

Si dans sa vie Valentina Bressan a donc pris des mesures écologiques, elle les a également appliquées dans son travail, notamment à l’Opéra de Pise, en 2018, sur une production de Moise en Egypte, de Rossini. Une production réalisée à partir de matières recyclées : « Le concept de la scénographie était fabuleux parce qu’on a travaillé avec _José Yaque_, un artiste cubain que j’adore pour son œuvre, et personnellement. Le résultat n’était pas à la hauteur de nos ambitions, mais c’est parce que justement, il y’avait un problème de connaissances et d'idées reçues donc c’est ça aussi qui a déclenché cette envie d’aller beaucoup plus loin parce qu’il faut apprendre des échecs, ils nous montrent un autre chemin ».

Il y eu des expériences plus heureuses, comme lorsqu’elle a réutilisé les décors qu’elle avait conçus pour l’opéra Un Amour en guerre, sur une production de La Bohème. Changer nos façon de faire, créer du changement cela demande de l’énergie, déclare Valentina Bressan. D’ailleurs quand on lui demande de nous citer une œuvre pour illustrer cet entretien elle choisit un air lui aussi plein d’énergie. Le Va Pensiero de Verdi. 

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