Reportage
Entretien
Samedi 26 septembre 2020
15 min

Tannhäuser, coûte que coûte

Fidèle à son histoire Wagnerienne, l’opéra de Rouen Normandie doit ouvrir sa saison avec Tannhäuser. La production de l’opéra de Wagner a été maintenue dans son intégrité, notamment grâce à la transformation du parterre, devenue fosse d’orchestre. Reportage dans les coulisses.

Tannhäuser, coûte que coûte
Tannhäuser à l'Opéra Rouen Normandie, mise en scène de David Bobée, septembre 2020, © Radio France / Sofia Anastasio

Installés devant la scène, les musiciens s’apprêtent à démarrer  la pré-générale. Dans quelques jours ils donneront la première de Tannhäuser, une œuvre imposante pour une levée de rideaux en pleine période de pandémie. L’objectif était de maintenir cette production coûte que coûte, nous déclare Loïc Lachenal, directeur de l’Opéra Rouen Normandie : « Très vite j’ai eu envie de défendre l’ouvrage dans son intégralité, dans son intégrité aussi. Pendant l’été on a pu entrevoir une solution pour garantir suffisamment d’espace entre les musiciens, qui était de les sortir de la fosse et de les installer sur une grande plateforme qui est le prolongement de la scène, qui occupe tout le parterre du théâtre, et qui nous permet d’installer les presque 70 musiciens avec les distances nécessaires ». 

Monter l'opéra sans réduire l'orchestre était une sorte « d’acte de résistance » affirme Loïc Lachenal, « pour dire on peut encore montrer de l’Opéra, c’est à ce prix-là, c’est avec ces efforts-là, c’est un peu dur au quotidien, mais quand même on y arrive. »

4,5 tonnes de matériel pour une fosse d'orchestre sur pilotis 

C’est en coulisses, sur le plateau, que nous retrouvons le directeur technique par intérim, Gabriel Meraud Lanfray.  Il nous présente cette fosse d’orchestre sur pilotis que l’équipe a conçue : « On a utilisé ce qu’on appelle des utilisables standards et on les a posés à cheval sur les rangs de fauteuil. Ensuite, avec des constructeurs, on a fait des pièces de bois pour les relier entre eux, pour avoir un plateau homogène, et on a recouvert ça d’un plancher, pour pouvoir y mettre nos musiciens. Ça représente donc deux semaines de travail pour six personnes, y’a 4,5 tonnes de matériel, pour faire une surface d’à peu près 110 mètres carrés pour pouvoir accueillir les 62 musiciens de l’ouvrage ».

Si l’on aperçoit des techniciens qui pataugent, c’est parce que les chanteurs passent une bonne partie de la production les pieds dans l’eau, dans cette mise en scène de David Bobée. Est-ce que ça change pour eux de chanter avec l’orchestre en face ? Nous avons posé la question à Catherine Hunold qui interprète sur scène les deux rôles féminin : « Bien sur enfin c’est nouveau, on n’a jamais l’habitude d’avoir l’orchestre en face de soit, donc c’est incroyable. »

Et lorsqu’on lui demande si elle n’a pas envie de les regarder : « Si je les regarde tout le temps ! C’est passionnant en fait. Et c’est vrai que pendant les répétitions, je me suis surprise à les regarder, et eux se retournent se retournent aussi vers nous, c’est un contact que j’aime beaucoup. »

Maintenir l'effet de masse

La mise en scène de David Bobée a également du s’adapter aux normes sanitaires. Lorsqu’ils ne chantent pas, les choristes sont masqués, et ils doivent respecter des distances de sécurité. « C’est bien que vous ayez eu l’impression que les choristes se touchaient, parce qu’ils sont vraiment distanciés les uns des autres, 2 mètres devant, 2 mètres derrière, 1 mètre de chaque coté entre chaque choristes », se réjouit le metteur en scène. « C’est ce qui est magnifique quand on travaille avec des chœurs, et le chœurAccentus _est particulièrement ouvert aux propositions, c’est qu’il y a toujours un effet masse, c’est toujours la représentation du peuple sur scène et même avec ces distances l’effet de collectif est importan_t. »

C’est la première fois que Catherine Hunold retourne sur scène depuis Parsifal à Palerme, en février dernier. « Reprendre avec Wagner c’est un plaisir », dit-elle, « une chance énorme ». Les solistes ne sont pas masqués, mais ils se font tester toutes les semaines, ce qui lui permet notamment d’embrasser sur scène Tannhäuser, interprété par Stefan Vinke : « Si on prend pas de risque, y’a pas de magie. Chacun fait des compromis et se demande, ‘qu’est ce que je fais, est-ce que j’embrasse, j’embrasse pas ? Je vous avoue que c’est pas évident mais on est tous ensemble depuis maintenant 4, 5 semaines, donc il y a quand même une confiance qui s’établie. »

C'est bien la confiance entre tous les artistes et les équipes qui permet à la production de tenir, nous affirme Loïc Lachenal. Mais parfois, la confiance ne suffit pas. La première, qui devait se tenir le dimanche 27 septembre, a été annulée, un soliste ayant été testé positif au covid. L'Opéra de Rouen a pour le moment prévu de maintenir les représentations des 30 septembre et 3 octobre.  

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