Reportage
Entretien
Samedi 5 septembre 2020
15 min

Avec le spectacle Persées, la porte de la Chapelle unit exilés et Saint-Saëns

Le dimanche 6 septembre, dans le 18e arrondissement de Paris, le tout nouveau parc public Chapelle Charbon va accueillir le spectacle Persées. Un projet qui met en regard des récits de personnes exilées, venues d’Iran et d’Afghanistan, et les Mélodies persanes de Camille Saint-Saëns.

Avec le spectacle Persées, la porte de la Chapelle unit exilés et Saint-Saëns
Mina Kavani interprète les récits de personnes exilées dans Persées, © Getty / David Wolff Patrick

L’heure est encore aux répétitions dans le gymnase de Mains d’œuvres, à Saint-Ouen. Dans la grande salle presque vide, le ténor François Rougier s’échauffe la voix, la guitariste Christelle Séry s’accorde et la comédienne Mina Kavani se prépare. Tous trois sont réunis sur le spectacle Persées d'Alexandra Lacroix. Elle nous raconte la naissance de ce projet : « Quand la ville de Paris a demandé de créer quelque chose au Parc Chapelle Charbon, j’étais très ancrée dans un travail avec les réfugiés à la halte d’accueil des migrants de l’armée du Salut. J’ai eu des rencontres très fortes avec des Iraniens et des Afghans et j’ai beaucoup discuté avec eux, j’ai recueilli leurs histoires, leurs trajectoires, et ça m’a fait penser aux mélodies persanes de Camille Saint Saëns et de Armand Renaud. J’avais envie de mettre en résonance et en contraste leur vision avec les témoignages des réfugiés avec lesquels on était en contact. »

C'est dans le cadre du travail de création qu'elle mène depuis deux ans, « Voi[e.x.s] Chapelle Charbon », qui sera présenté en mai 2021, avec la compositrice Marta Gentilucci, qu'Alexandra Lacroix s'est implantée dans le quartier. Un projet qui lui a donc permis de penser Persées, spectacle  durant lequel les spectateurs sont invités à découvrir des témoignages de personnes réfugiées, exilées, qui ne sont pas ceux directement recueillis par Alexandra Lacroix. Parmi eux, le récit d’une mannequin iranienne qui a dû fuir son pays. Il est interprété, comme les autres, par la comédienne iranienne Mina Kavani , elle-aussi réfugiée : « Moi-même je suis interdite de retourner dans mon pays, depuis 7 ans maintenant. J’ai joué dans un film que le gouvernement iranien n’a pas accepté. Ils m’ont beaucoup attaquée dans la presse iranienne et à partir de ce moment-là, j’ai été obligé de faire cette demande de réfugiée politique. » Elle ajoute, « bien évidemment, le thème de l’exil et d’immigration, tout ça me touche beaucoup, parce que je vis avec 24h sur 24, c’est un traumatisme qui me lâchera jamais, qui sera toujours avec moi ». 

Interpréter les Mélodies Persanes avec du recul 

Tous les  récits sont mis en regard avec les Mélodies Persanes de Camille Saint-Saens, vous avez entendu ici La Brise. Elles sont interprétées par le ténor François Rougier, avec une réflexion portée sur les textes : « Globalement c’est un corpus très beau, mais quand on se penche sur le texte, et c’est souvent le cas dans le répertoire lyrique, on se dit, aujourd’hui au 21e siècle, est-ce qu’on peut vraiment continuer à raconter ce genre de chose ? Donc le choix d’Alexandra de le mettre en regard avec des récits d’exilé d’Iran, d’Afghanistan, donc de la même région que ce que racontent les Mélodies Persanes, permet de prendre du recul avec ce regard très occidentalo centré du 19e sur la Perse du 19e, et donc d’interroger ces textes ».

La musique de la partition a été adaptée pour guitare électrique par Christelle Séry. Ses notes accompagnent tous les récits, un journaliste qui a été torturé, un migrant fuyant la guerre. Une façon de montrer la réalité des nombreuses et différentes trajectoires que l’on regroupe sous le terme d’exil.