Reportage
Entretien
Vendredi 14 mai 2021
2 min

"Dessine-moi un Beethoven" : quand les compositeurs inspirent la bande-dessinée

La musique classique a le vent en poupe en ce moment chez les auteurs de bande-dessinée. Illustration avec deux superbes BD sur Ludwig van Beethoven, ingénieuses et inspirées.

"Dessine-moi un Beethoven" : quand les compositeurs inspirent la bande-dessinée
"Ludwig et Beethoven", aux éditions Dargaud, nous plonge dans l'enfance du compositeur génial., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Comment retranscrire la musique classique... en bande-dessinée ? De plus en plus d'auteurs et de dessinateurs relèvent le défi, et c'est souvent réussi. Exemple avec Beethoven : pas un, mais deux albums dédiés au composteur ont retenus notre attention à France Musique. Le premier, Ludwig et Beethoven (éditions Dargaud) est sorti le mois dernier. Le second, Beethoven : le prix de la liberté, aux éditions La Boîte à Bulles, sera en librairies mercredi prochain. De très beaux objets qui montrent un engouement, et qui prouvent  que la musique classique a toute sa place dans le monde de la BD.

"Ludwig et Beethoven" : enfance contrariée

Le premier album est un petit bijou de couleurs, rempli de belles trouvailles. Ludwig et Beethoven nous emmène faire une ballade dans la jeunesse du monstre sacré. Le trait est vif, enfantin, rappelle un peu celui de Joann Sfar. Le dessin et le texte sont de l'auteur allemand Mickael Ross : "Déjà enfant, il avait ce front grotesque, très grand, ce regard sérieux, une apparence très grave". 

Au fur et à mesure des pages on découvre les jeunes années de Beethoven, de sa ville natale Bonn jusqu'à son premier grand concert à Vienne. Des ondes sortent du piano, d'une manière très impressionniste. C'est drôle, percutant, surtout quand Beethoven pique des colères ! "Il n'est pas contrôlé comme Haydn, sympa comme Schubert, il n'a pas ce côté flamboyant comme Mozart. Ludwig pour moi est un peu une tête de bois", confie Mickael Ross. "C'est aussi une sorte de provocation de faire de ce grand génie une BD. Il y a un côté humoriste, parce que la BD ça vient du trash : Beethoven ce n'est pas du trash, c'est de la haute-couture." 

Dans "Ludwig et Beethoven", des ondes sortent du piano, d'une manière très impressionniste.
Dans "Ludwig et Beethoven", des ondes sortent du piano, d'une manière très impressionniste., © Louis-Valentin Lopez

"Beethoven, le prix de la liberté" : tonnerre de Vienne

On passe de la couleur au noir et blanc, le trait est plus fin. L'auteur et dessinateur Régis Penet a lui décidé de se focaliser sur une journée. Nous sommes en 1806, Beethoven a 36 ans. C'est le jour où il refuse de jouer pour son mécène, le prince Lichnowsky. Tonnerre, porte enfoncée, fuite dans la nuit...
Sacrée journée pour Beethoven, sacré défi aussi pour l'auteur de Beethoven : le prix de la liberté : "Pour l'animer, ça a été assez difficile. Naturellement sur les premières ébauches je faisais un Beethoven assez effrayant, au sommet de son Olympe", se souvient Régis Penet : "La principale difficulté graphique de cet album, c'est arriver à retranscrire la multiplicité des émotions, comme Beethoven qui sourit." 

Une planche de "Beethoven : le prix de la liberté", avec la finesse du dessin de Régis Penet.
Une planche de "Beethoven : le prix de la liberté", avec la finesse du dessin de Régis Penet., © Éditions "La Boîte à Bulles"

"Très dur à dessiner et passionnant à mettre en scène"

Beethoven mais aussi Ravel, Mozart... Les compositeurs classiques ont la cote dernièrement chez les auteurs de bande-dessinée. Thomas Ragon, éditeur pour la maison Dargaud, l'a remarqué. "La deuxième moitié du XXe siècle avait des accointances plutôt avec la contre-culture et donc le rock", note-t-il : "Ce qui est intéressant c'est ce que cela permet d'apporter d'un point de vue visuel. On s'intéresse à une époque qui n'est pas forcément la nôtre. Et un orchestre symphonique, c'est à la fois très dur à dessiner et passionnant à mettre en scène."

La bande-dessinée, un moyen de faire découvrir la musique classique à un lectorat qui ne s'y intéresse pas forcément. Mais cela marche dans les deux sens, souligne Thomas Ragon : ces albums, réussis, peuvent aussi amener les amateurs de musique classique à se mettre à la BD.

Le jeune Beethoven était plutôt... colérique
Le jeune Beethoven était plutôt... colérique, © Radio France / Louis-Valentin Lopez
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