Reportage
Entretien
Vendredi 10 septembre 2021
3 min

"Table of silence" : le grand ballet qui commémore les attentats du 11 septembre

Des danseurs, tout de blanc vêtus, rendront hommage aux victimes ce samedi. France Musique a pu assister aux répétitions.

"Table of silence" : le grand ballet qui commémore les attentats du 11 septembre
Le "Table of Silence Project" existe depuis 2011, © Lincoln Center

New-York se prépare à célébrer ce samedi le 20ème anniversaire du 11 septembre. Pour l’occasion, la ville a demandé à toutes les institutions culturelles de proposer un rendez-vous artistique pour commémorer la tragédie. Dès 8h du matin, heure où le premier avion est entré dans l'une des deux tours, le Lincoln Center, plus grand centre des arts vivants de New York, accueille un ballet géant. Une représentation gratuite et en plein air intitulée The Table of silence, chorégraphiée par Jaklyne Burglisi, qui a lieu chaque année depuis 10 ans. Cécile de Kervasdoué a pu assister à New-York à l'une des répétitions pour France Musique.

Comme un rituel

Dans un studio du très tendance quartier de Greenwich, une cinquantaine de danseurs répètent la même gestuelle épurée. Faire sonner une clochette, attraper une pomme et la porter jusqu’à sa bouche, ouvrir les bras et tendre la tête vers le ciel : cela ressemble à un rituel. C’est ce qu’a voulu créer Jaklyn Burglisi, la chorégraphe très occupée à faire répéter la troupe. Ann O’Donnel est l’une des danseuses, elle avait 12 ans le 11 septembre  : "Je crois que nous sommes tous Américains. Qu’on danse ou qu’on travaille, nous prenons tous un moment pour nous souvenir ce jour-là", témoigne-t-elle : "Alors avoir l’opportunité de danser ce matin-là pour honorer ceux qui sont morts en 2001, c’est une véritable thérapie. Pour moi bien sûr, mais aussi pour le public."

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Les danseurs se produisent autour de la fontaine du Lincoln Center
Les danseurs se produisent autour de la fontaine du Lincoln Center, © Paul B Goode

"Le public ressent ce qu’il y a d’humain dans ce moment, ce qui nous lie nous, les danseurs de tous âges, de tout sexe, et de toutes races. Il y a cette unité qui est très consolatrice et je pense que c’est ça, le message de paix du projet" - Anne O'Donnel, danseuse

Habillés de longues robes de soie blanche en rond autour de la fontaine du Lincoln Center, les danseurs répètent 12 gestes 20 fois, pour le nombre d’années qui les séparent de 2001. Et puis soudain, silence. Les gestes se suspendent à l’heure même où les avions entrent dans les tours. 

"Ça me rappelle un peu le 11 septembre. Après cette journée, il y avait un silence dans New-York que l'on n'avait jamais entendu. Il n'y avait plus d'avion, de métro, plus personne ne sortait. On traversait Central Park et on voyait les gens assis, chuchoter, il y avait une suspension dans l'air", confie Virginie Mécène, qui réside à New-York depuis plus de 30 ans et danse dans Table of silence depuis sa création : "Faire ce projet c'est important, on se rend compte qu'il y a des gens qui ont juste besoin de souffler. Cela peut peut-être aussi entraîner des gens qui ne sont pas danseurs."

La danse s'apparente à un rituel
La danse s'apparente à un rituel, © Lincoln Center

Une expérience libératrice et participative

Parce que ce n’est pas une performance mais une expérience : le public peut lui-même participer et faire les gestes sur place ou chez lui, derrière un écran. C’est ce qui enthousiasme le danseur Donald Borror : "Chaque année, nous avons cette occasion de pouvoir réfléchir sur la mort. Car en 20 ans, nous avons tous beaucoup changé mais nous avons toujours les même traumatismes", souligne-t-il, avec des vies gâchées par la pandémie et les conflits nationaux ou internationaux."

"Chez nous aux États-Unis nous avons trop peu de moment pour réfléchir à ça ensemble. Nous avons des célébrations de joie, des fêtes de famille, Noël… Alors avoir ce rendez-vous unique, chaque année, où nous pouvons collectivement respirer ensemble, c’est comme une renaissance" - Donald Borror, danseur

Une impression qu’auront sans doute également les New-Yorkais un peu plus tard samedi soir, lorsqu’ils réentendront sonner le Metropolitan Opera de New-York. L'opéra, fermé depuis 18 mois à cause de la pandémie, rouvrira ses portes ce 11 septembre avec le Requiem de Verdi.

Les danseurs se figent à l'heure à laquelle le premier avion est entré dans l'une des tours jumelles
Les danseurs se figent à l'heure à laquelle le premier avion est entré dans l'une des tours jumelles, © Lincoln Center
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