Reportage
Entretien
Vendredi 2 avril 2021
2 min

L'insertion professionnelle est-elle conditionnée par l'instrument de musique ?

Est-il plus facile de trouver un travail selon que l'on joue du violon, de la flûte ou des percussions ? La question de l'insertion professionnelle taraude des milliers de jeunes instrumentistes, en fin d'études ou tout juste diplômés. Le reportage de Louis-Valentin Lopez.

L'insertion professionnelle est-elle conditionnée par l'instrument de musique ?
"Je rêvais d'entrer à l'Orchestre Philharmonique de Radio France mais si je n'y étais pas rentré ce coup-ci, le prochain concours était dans 20 ou 22 ans", témoigne Rodolphe Théry, timbalier., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Pour beaucoup d'étudiants en musique, le Graal est d'entrer dans un orchestre permanent. On y accède par concours, très sélectifs. Certains le sont plus que d'autres, y compris au sein de la même famille d'instruments. Pour les flûtistes, par exemple, les places sont chères. C'est ce que nous dit Sarah Van der Vlist, tout juste diplômée du Conservatoire national de Paris. "Le dernier concours à l'orchestre national de France, il y avait 160 candidats pour deux postes", raconte la jeune femme : "Dans la famille des bois, pour les concours de clarinette ou de hautbois, il y a plutôt une soixantaine de candidats. Par rapport à ça, c'est compliqué pour la flûte, avec des ratios extrêmement serrés."

Pas évident non plus pour certains cuivres comme nous l'explique Lucas Ounissi, tromboniste, en Master 2 au Conservatoire. "Il y a en moyenne trois trombonistes par orchestre, donc ça ne fait pas beaucoup", note-t-il. "Quand on est pianiste ou qu'on joue des cordes, on peut vivre plus facilement de projets, jouer ensemble en musique de chambre. Par exemple, les gens raffolent des quatuors à cordes, les grands festivals les invitent. Quatuor de trombone ou de cor... les gens en raffolent moins."

"Quatuor de trombone ou de cor... les gens en raffolent moins", juge Lucas Ounissi.
"Quatuor de trombone ou de cor... les gens en raffolent moins", juge Lucas Ounissi., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

C'est donc aussi une question de places. Globalement, les violons ou les altos sont mieux lotis, avec plus de pupitres dans les orchestres. C'est plus compliqué pour des percussionnistes comme en témoigne Rodolphe Théry, le tout nouveau timbalier solo de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. "Contrairement au violon, il n'y a qu'un timbalier à l'orchestre. Et en dehors de l'orchestre, il n'y en a pas trop, des timbales. Je rêvais d'entrer à l'Orchestre Philharmonique de Radio France mais si je n'y étais pas rentré ce coup-ci, je pense que le prochain concours était dans 20 ou 22 ans. Ça fait long à attendre..."

Un marché de plus en plus disputé

Sans compter le fait que le marché est de plus en plus compétitif. C'est ce qu'explique Delphine Blanc, altiste et sociologue, dont les travaux portent sur les orchestres de musique classique : "Beaucoup de monde sort des conservatoires avec un très bon niveau, c’est moins hétérogène qu’avant. Au bout d’un moment, une loi fait que les places sont limitées. Le marché s'est aussi élargi aux autres pays, des musiciens viennent des quatre coins de l'Europe : c'est plus difficile aujourd'hui de faire sa place qu'à une certaine époque."

Aujourd'hui, selon Delphine Blanc, il est donc plus que jamais nécessaire d'avoir plusieurs cordes à son arc. "Il faut aller vers d’autres répertoires, il n'y a pas que le classique. En ce moment on parle aussi beaucoup de la médiation, du fait de savoir s’exprimer envers les publics. L’excellence n’est que le départ : il faut aussi savoir parler de son instrument, présenter un concert… Maintenant, être un très bon musicien ne suffit plus." Sans oublier l'enseignement, souligne la sociologue, qui reste un gros vivier d'emploi pour les jeunes instrumentistes.

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