Reportage
Entretien
Samedi 23 janvier 2021
15 min

La Lutherie urbaine 9.3

Une guitare fabriquée avec une roue de vélo, une batterie avec un cadre de lit. La Lutherie urbaine 9.3 recycle les objets du quotidien pour en faire des instruments de musique, qui prennent vie sur scène. Sofia Anastasio a assisté aux répétitions du Conte Plumes, Poils, Ecailles.

La Lutherie urbaine 9.3
Installation d'instruments pour la Lutherie Urbaine 9.3, © Agnès Dufour

Trois musiciens et des sonorités étonnantes. A la Forge Hermann, à Noisy-le-Sec, après un premier weekend de répétition, le spectacle Plumes, Poils, Ecailles, est en train de prendre forme. A la batterie, c’est Alain Guazzelli, co-fondateur il y a une vingtaine d’année, du premier projet de Lutherie Urbaine, ancêtre de la Lutherie Urbaine 9.3

« Je me suis demandé comment peut-on donner accès à la musique à tout le monde, mais de façon ludique ? », raconte-t-il en revenant sur la genèse du projet. «  Les instruments et les motifs musicaux que l'on utilise dans nos spectacles sont ordonnés de façon à ce qu’il n’y ait pas de geste technique à faire. C’est accessible à un enfant de sept ans, à une personne de 80 ans. Et puis on mêle à ça des parties de soliste plus costauds, pour pouvoir jouer ensuite tous ensemble. »

Le tout, avec des instruments fabriqués à partir de matériaux et d’objets récupérés, « l’idée de lutherie c’est ça, c’est de récupérer des matériaux au pied des cités, dans les zones d’activité, dans des bennes de chantier, dans les encombrants, et d’imaginer des instruments avec ».

Une clarinette en tuyau PVC, une guitare en porte-bagage de vélo

Parmi les instruments que l’on retrouve sur scène, il y a le Clarisax, sorte de clarinette en tuyau PVC, mais aussi une drôle de guitare. « C’est un porte-bagage de vélo d’enfant, qui a été récupéré avec sa roue, et sur lequel on a greffé un manche de guitare classique, qu’on a trouvé dans une poubelle », nous décrit Alain Guazelli. « En tournant la roue, on peut carrément jouer cette guitare, juste en faisant les accords. » 

Sur scène, c'est le musicien Nicolas Meluk qui apprivoise l'instrument, « à jouer, elle est agréable, après c’est un peu lourd, parce que c’est quand même un cadre de vélo . Et pour le public, c’est intrigant ».

Comment accorder du carton ? 

Créer des instruments à partir d’objets ou de matériaux récupérés, revêt également une dimension écologique, comme nous l’explique le musicien Richard Cailleux : « Il ya cette envie politique et écologique de se dire ‘réduisons nos déchets, arrêtons d’enfouir, de brûler tout ça. Il faudrait une véritable énergie et donc de l’argent pour donner vie à des matériaux qui sont trop facilement enfouis ». 

Le conte en lui-même, écrit par Fanny Charrasse porte un message écologique. Il met en scène des animaux de la forêt amazonienne qui fuient la déforestation, sur un assemblage de musiques composées par Richard Cailleux et Jean Louis Mechali, compositeur et co-fondateur de Lutherie urbaine. Co-fondateur du premier projet Lutherie Urbaine il s’est heurté à certaines difficultés au départ : « Comment accorde-t-on du carton, du formica, du bois de palette ? Il n’y pas de traité pour ça. Donc il a fallu faire des essais, découvrir. Mais aujourd’hui, on sait accorder l’aluminium, le carton. Pour tout cela il a  pratiquement fallu concevoir des lois qui n’existaient pas. On était un peu comme des apprentis sorciers. » 

Jean-Louis Mechali a également composé de nombreux motifs pédagogiques, la pédagogie étant au cœur du projet. Avec ce spectacle,  la lutherie urbaine 9.3 souhaite rencontrer des classes pour fabriquer des instruments avec les élèves et les intégrer ensuite aux représentations, quand elles pourront avoir lieux. Et on suivra la construction du conte musical Plumes, Poils, Ecailles de la Lutherie urbaine 9.3, en partenariat avec les associations Pepino, Quai Nord et la Compagnie de Opéra de Bouche à Oreilles

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