Reportage
Entretien
Samedi 22 mai 2021
15 min

Avec The Tree, Carolyn Carlson lance un cri d'amour à la planète

Les pas des spectateurs résonnent à nouveau sur les marches du grand escalier de marbre du Théâtre national de Chaillot, à Paris. Et c’est avec un cri d’amour lancé à la nature, le spectacle The Tree de la chorégraphe Carolyn Carlson, que le public a été accueilli mercredi 19 mai.

Avec The Tree, Carolyn Carlson lance un cri d'amour à la planète
The Tree de Carolyn Carlson , © Frederic Lovino

L’ambiance est particulière en ce mardi 18 mai au Théâtre national de Chaillot. Demain ce sera le grand jour, le public sera de retour entre les murs, sur les fauteuils, dans les couloirs de l’institution. Une grande joie pour tout le monde, notamment son nouveau directeur Rachid Ouramdane : «  C’est un fort sentiment d’excitation, on est ravi de pouvoir à nouveau rencontrer le public, de pouvoir ressentir à nouveau les retours, les applaudissements, les commentaires. Se reconnecter avec cette vie-là. L’art qu’on propose n’a de sens qu’à partir du moment où il se confronte à la sensibilité des autres, vient agir sur les affects, les sensibilités, faire avancer les points de vue sur certains sujets donc ça n’a de sens que quand on est à cet endroit-là. On est vraiment impatient de reprendre. C’est un élément de plus pour reprendre une "vie normale" ».

Et c’est avec une œuvre qui aborde le sujet de l'écologie, programmée par son ancien directeur, Didier Deschamps, que Chaillot célèbre sa réouverture. La pièce The Tree de Carolyn Carlson, véritable déclaration d’amour à la nature . « Ca s’appelle The Tree, l’Arbre, et pour moi c’est de la poésie. C’est aussi très écologique. Je veux dire qu’on y retrouve la glace qui fond, les arbres, le feu, l’eau. Il y a dans cette pièce les éléments qui sont importants dans la nature et dans ce qu'il se passe dans le monde aujourd’hui. Et je dois dire que je travaille également beaucoup avec mes danseurs, j'apporte de la poésie et des images, des dessins et on crée l'œuvre tous ensemble, » explique la chorégraphe. 

«Je n’aime pas le mot effrayée. Je suis terrifiée »

Sur scène, 9 danseurs et danseuses évoquent les quatre éléments, au travers de différents tableaux, inspirés en grande partie de la jeunesse de la chorégraphe : « J'ai grandi en Californie en nageant dans l'océan Pacifique, en faisant du camping dans le Parc national de Sequoia. Mes parents sont finlandais donc j’allais souvent en Finlande. Et ils avaient une résidence d'été en Californie. Et puis j'ai été étudiante à l'université de l'Utah, dans le désert et les montagnes. Donc j'ai grandi dans la nature.»

Engagée depuis longtemps sur les questions écologiques, c’est aujourd’hui une Carolyn Carlson inquiète, qui tente d’interpeler poétiquement le public, au travers de ses œuvres : « Toutes les pièces que j'ai créées depuis le début comme Blue Lady, mon célèbre solo avec son arbre immense, dans chaque pièce il y a la nature. Car en vivant dans des villes, nous oublions que nous sommes la nature, que nous faisons partie de tout ce qui nous entoure, de la planète, et je suis très préoccupée. La Terre, Mère-Nature est au bord du gouffre, donc, comment le dire … Je n’aime pas le mot effrayée, je suis terrifiée. »

« Venir au théâtre comme on vient au parc »

Lui aussi artiste engagé, Rachid Ouramdane, qui a pris ses fonctions le mois dernier à la tête de Chaillot, souhaite y défendre un projet de théâtre des diversités. Et les questions écologiques y auront toute leur place. « Vous savez en tant que directeur de lieu vous vous mettez à l’écoute de ce que produisent les artistes, on les accompagne. Donc la question c'est "est-ce que les artistes vont avoir plus d’attention sur ces sujets-là ?" Et on le voit déjà, de différentes façons d’ailleurs, soit parce qu’ils en font le sujet de leur œuvre, soit parce qu’ils inventent de nouvelles formes de rencontres pour l’art chorégraphique, pas toujours sur scène, dans d’autres formes d’environnement, donc oui je pense que c’est important et j’espère pouvoir amener ça à Chaillot. »

Pendant tout le mois de mai, les spectacles sont gratuits à Chaillot. Un cadeau de reprise pour que le théâtre soit accessible au plus grand nombre dès sa réouverture. Rachid Ouramdane souhaite que l’on aille au théâtre autrement, pour le découvrir dans son entièreté avec des des performances de foule par exemple, des promenades, des pique-nique chorégraphiques. Pour venir au théâtre comme on vient dans un parc.

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