Reportage
Entretien
Samedi 19 septembre 2020
15 min

Rebecca Tong remporte la finale du concours La Maestra

Du 15 au 18 septembre, à la Philharmonie de Paris, se tenait le concours La Maestra. Lancée par Claire Gibault, à la tête du Paris Mozart Orchestra, la compétition, réservée aux cheffes d’orchestre, s’est terminée hier. Sur les 12 candidates, ils n’en restaient que trois.

Rebecca Tong remporte la finale du concours La Maestra
Rebecca Tong, lauréate de la première édition de La Maestra, © AFP / Martin Bureau

Rebecca Tong a remporté le premier concours de cheffes d'orchestres, La Maestra, dont la finale avait lieu vendredi 18 septembre à la Philharmonie de Paris. Sofia Anastasio a assisté à cette dernière épreuve, et en livre le récit.

C’est avec la candidate Stephanie Childress qu'a démarré la finale de La Maestra. La cheffe a dirigé Was Beethoven African, oeuvre imposée, création de Fabio Vacchi. L’ultime épreuve du concours a été introduite par un discours de Laurent Bayle, président de la Philharmonie de Paris et Claire Gibault, cheffe à l’origine du concours. Tous deux ont rappelé les inégalités profondes qui persistent entre les femmes et les hommes dans la musique, rappelant que « l’égalité devrait être une évidence ». 

A quelques heures de la fin de cette première édition Claire Gibault a également fait part de la semaine extraordinaire passée à La Maestra :  « Ça rend tout le monde heureux, c’est extrêmement passionnant, on voit la diversité de talents de ces femmes, et tout le monde me dit que le niveau du concours est extrêmement élevé, que l’orchestre joue sublimement bien. On vibre, on est passionné, on a des émotions, des petites larmes quelques fois, ça nous dynamise tous, l’orchestre ressent ça comme quelque chose de quelque chose de tellement spécial qui n’a jamais existé , on vit une très belle aventure ».

Au cours de la soirée, les trois finalistes, la franco-britannique Stephanie Childress, la colombienne Lina Gonzales Granados et l’americano-indonesienne Rebecca Tong ont dirigé trois œuvres dans des styles très différents. Elles étaient sous l’œil du jury présidé par la cheffe Ewa Bogusz-Moore. Toute la semaine, les jurés ont observé le travail des candidates à la tête du Paris Mozart Orchestra qui s’est très volontiers prêté au jeu. Comment juger une cheffe ? « On écoute les cheffes, c’est ça le plus important », explique Maxime Pascal, membre du jury « il faut écouter comment ça sonne et observer comment les cheffes créent les conditions d’écoute, les conditions d’écoute du son entre les instrumentistes, les conditions d’écoute pour l’orchestre et les conditions d’écoute pour le public, pour pouvoir entendre ce qui est écrit dans la partition ».  

« La diversité et l'égalité, c'est ce dont nous avons besoin pour notre futur »

Initialement le concours devait se tenir en mars dernier. International, il rassemble de très nombreuses nationalités, 51 sur les 220 candidatures reçues. Ça n’a donc pas été simple à organiser, en cette période de crise sanitaire mondiale, explique Claire Gibault : « Ça été un travail énorme, entre l’équipe du Paris Mozart Orchestra, l’équipe de la Philharmonie, en relation avec le ministère des affaires étrangères et de l’intérieur. Et quelques fois les documents, les laisser-passer spéciaux pour cette période de restriction de voyage arrivaient aux candidates au moment où elles étaient en route vers l’aéroport. Imaginez, il fallait qu’elles aient du courage, de la détermination ! »

« La diversité et l'égalité, c'est ce dont nous avons besoin pour notre futur ». Visiblement très émue, la membre du jury Marin Alsop a dévoilé le nom de la gagnante, Rebecca Tong. Cette dernière nous a livré ses impressions juste après : « Je suis très reconnaissante, je suis vraiment un peu sous le choc. Pour être honnête je ne m’attendais pas tout à gagner. Ce prix représente pour moi la possibilité d’encourager d’autres femmes cheffes d’orchestre plus jeune qui ont peut être moins d’opportunités. Bien sur ce prix offre de la reconnaissance, des gens reconnaissent votre talent mais moi je veux aussi encourager encore plus de femmes cheffes à foncer ».

Les lauréates vont ensuite être accompagnées par l’Académie Maestra pendant deux ans « un prix ça ne suffit pas pour démarrer une carrière », déclare Claire Gibault. Elles pourront ainsi diriger, suivre des master classe, entrer en contact avec des agents, des salles. Pour le concours La Maestra un prochain rendez-vous a d’ors et déjà été donné en mars 2022 , en espérant que d’ici là le nombre de directrice musicale à la tête d’ensembles aura évolué. Il est aujourd’hui de 6%. 

L'équipe de l'émission :