Reportage
Entretien
Samedi 12 juin 2021
15 min

Un dialogue zoopoétique avec les vaches, au festival Le murmure du monde

Jusqu’au 13 juin, se tient dans les Hautes-Pyrénées le festival Le murmure du monde. Un festival écopoétique avec au programme des tables-rondes, une pièce de théâtre en forêt, des concerts ou encore un dialogue zoopoétique avec les vaches.

Un dialogue zoopoétique avec les vaches, au festival Le murmure du monde
Jeunes vaches limousines, © Getty / Justin Paget

Lorsque l’on regarde le programme du festival Le Murmure du monde, l’intitulé d’une performance attire immédiatement l’œil, Dialogue zoopétique avec les vaches, de Geneviève de Bueger. Autrice belge, résidant à Prague, elle est inscrite au master d’écopoétique et création à l’Université d’Aix-Marseille. Un courant littéraire qui interroge le vivant, nous explique-t-elle. « L’écopoétique est à l’origine un courant de critique littéraire qui s’intéresse aux représentations de la nature, au monde vivant non-humain, dans les textes littéraires. On revisite des textes de Giono, de George Sand par exemple, avec ce nouveau prisme. C’est une attention sensible au monde qui nous entoure et puis c’est aussi une manière d’aborder la littérature en relation avec d’autres sciences humaines, comme l’anthropologie, la philosophie. »

L’artiste a été invitée à participer au festival Le murmure du monde, dont c’est la première édition. Un évènement crée par l’association Le murmure du monde, et dont la programmatrice est Mathilde Walton. « Mon idée c’était de faire venir dans ce lieu singulier, des artistes, des penseurs, des écrivains, pour interroger notre rapport au monde. Ils sont là parce qu’ils ont écrit des romans, des essais, des livres, qui sont inscrits dans une stricte contemporanéité, c’est-à-dire qu’ils interrogent notamment ce moment de bascule écologique ».

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Ce lieu singulier, c’est le Val d’Azun, une vallée des Hautes-Pyrénées. Un cadre que nous décrit Geneviève de Bueger, visiblement sous le charme : « C’est magnifique, très vert, il y a une grande diversité de végétations et d’arbres, les vaches limousines sont omniprésentes. Et puis ce qui est très impressionnant ce sont aussi les vautours, et les différents rapaces qui survolent la vallée de manière très paisible. C’est un lieu qui est très peu habité donc assez fort préservé ».

Dire la relation des êtres humains aux vaches

Et justement, l’artiste a donc présenté ce dialogue zoopoétique avec des vaches. Elle a souhaité ainsi dire la relation de l’être humain à cet animal, en passant par l’imagination. Elle revient sur son processus d’écriture : «  Je suis plutôt passée par la voie intime et c’est exactement ce que nous enseigne dans le cadre du masterJean-Christophe Cavallin; passer par ses propres souvenirs avec un animal. Moi j’ai grandi à la campagne, dans un village en Belgique où les vaches étaient très présentes, donc j’allais les rencontrer, je créais des relations avec elles et l’idée du dialogue zoopoétique c’est d'exprimer tout ça au public pour qu’il se retrouve lui aussi dans le texte ».

Dans son texte, Geneviève de Bueger s’adresse à une vache, qui s’appelle Naya, et la performance fut pleine d’imprévus : « Ce qui s’est passé pendant la performance, c’est que les vaches ont été rassemblées par l’éleveur, elles sont arrivées par le haut du col où elles étaient montées, et au moment où le public est arrivé, les vaches sont descendues, pour former une sorte de haie d’honneur au public. Je pense que la performance a commencé à ce moment-là et non pas à la lecture. L’imprévu lié au troupeau fait partie de l’expérience ».

« J'ai trouvé extrêmement émouvant le rapport à la maternité présent dans le texte »

L’artiste déclare s’être sentie extrêmement bien pendant la performance, « j’avais l’impression d’être dans le vrai » dit-elle, même si les vaches se sont enfuies dès le début de la lecture, autre imprévu. Le public lui aussi a été ému, comme Mathilde Walton : « Moi ce qui m’a frappé dans son texte, et que j’ai trouvé extrêmement émouvant, c’est son rapport à la maternité, puisqu’elle évoque la question du vêlage, les petits veaux que les vaches mettent au monde et qu’on leur arrache le plus souvent, les difficultés que cela représente si on se met à leur place. Qu’est-ce que ça leur fait quand on leur enlève leurs petits veaux ? Cette évocation était très troublante pour le public. »

L’évènement est gratuit, ouvert à toutes et à tous. Et de son côté Geneviève de Bueger espère pouvoir réitérer ce genre de performance. Avis aux programmateurs.

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