Reportage
Entretien
Mercredi 29 septembre 2021
3 min

"La prise de conscience est là" : plus d'inclusion des élèves handicapés dans les conservatoires

Les conservatoires, notamment les petites structures, souhaitent faire des progrès sur l'inclusion. Résultat : les demandes de formations auprès de l'association Mesh (Musique et Situations de Handicap), ont bondi de 50%.

"La prise de conscience est là" : plus d'inclusion des élèves handicapés dans les conservatoires
Suzanne Dijoux, la référente handicap du conservatoire de Sucy-en-Brie, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

C'est une thématique dont se saisissent de plus en plus de conservatoires : l'inclusion des personnes en situation de handicap, que ce dernier soit moteur ou mental. Les demandes de formations explosent, pour apprendre à mieux prendre en charge ces élèves, notamment dans de petites structures qui veulent faire des progrès sur l'inclusion.

C'est le cas au conservatoire municipal d'Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, où une référente handicap a été nommée il y a trois ans. "Elle a cinq heures hebdomadaires au sein du conservatoire, et j’ai fait la demande de doubler ce quota horaire pour l’année prochaine, qu’elle puisse avoir 10 heures", nous dit le directeur, Jean-Michel Berrette. La prochaine étape pour l'établissement est de mettre davantage de moyens et de faire connaître le dispositif, car "officiellement, ce n'est encore marqué nulle part que le conservatoire d’Ivry-sur Seine-accueille des personnes en situation de handicap."

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Jean-Michel Berrette dirige depuis 13 ans le conservatoire d'Ivry-sur-Seine
Jean-Michel Berrette dirige depuis 13 ans le conservatoire d'Ivry-sur-Seine, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Une loi qui date de 2005

D'autant que l'inclusion est inscrite dans la loi, comme le rappelle Catherine Jego-Demeer, nouvelle directrice du conservatoire de Coulommiers en Seine-et-Marne. "Il y a  une loi qui date de 2005, qui traite de l'égalité des droits et des chances et la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Dans le cadre de cette loi, tous les gens qui présentent un handicap on le droit, bien évidemment, d'accéder à un enseignement artistique." Le conservatoire s'apprête à accueillir deux adolescents en situation de handicap, processus accéléré par le fait que l'établissement vient d'être nommé CRC (Conservatoire à Rayonnement Communal).

Le Conservatoire de Sucy-en-Brie est un peu plus en avance. Il a mis en place un parcours dès 2015 pour inclure les élèves en situation de handicap. Nous sommes accueillis par Suzanne Dijoux, référente handicap de l'établissement, et Pascal Levert, le directeur. "Quand je suis arrivée, il y a avait déjà quelques élèves en situation de handicap", raconte la référente, que l'on sent passionnée par son métier : "Il y a eu une évolution, du bouche à oreille, cela amène de plus en plus d’élèves et de demandes d’inscriptions d’élèves en situation de handicap". Résultat : ils sont aujourd'hui une vingtaine à suivre un cursus dans l'établissement.

Année après année, on identifie des besoins nouveaux. Ça a été le cas avec les cours de soutien de formation musicale, qui accueillent plus d’élèves qu’avant : on a désormais trois cours de soutien, de trois niveaux différents" - Pascal Levert

Pour eux, il s'agit maintenant de mettre l'accent sur un type de formation spécifique. "Je pense qu'on peut mettre davantage l'accent au niveau de la formation initiale, de la direction, des professeurs de musique, de tous les musiciens intervenants", estime Suzanne Dijoux. "Là, on est plutôt en train d’essayer de former des professeurs déjà en poste, on est déjà un peu à la remorque", abonde Pascal Levert le directeur.

Pascal Levert, directeur du conservatoire de Sucy-en-Brie
Pascal Levert, directeur du conservatoire de Sucy-en-Brie, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Boom des demandes de formations

Et la demande explose, comme le constate Emeline Hourcade, qui co-dirige l'association Mesh (Musique et Situations de Handicap), qui dispense des formations au personnel : "On est à plus 50% de demandes par rapport à 2019, et on est un peu pris de court. Depuis un peu avant l’été, il y a eu une hausse très importante, il faut qu’on se structure en conséquence. Former des formateurs, ça prend du temps aussi. Pour l’instant on arrive tant bien que mal à répondre à la demande, mais il va falloir qu’on recrute, c’est certain. Mais c’est une très bonne nouvelle !"

La responsable associative est aux premières loges pour assister à la prise de conscience des conservatoires : "C’est un constat qui donne du baume au cœur. On a constaté une inertie longue dans la suite de la promulgation de la loi de 2005, car il y avait initialement un problème d’interprétation de cette loi, qui réduisait l'inclusion de la personne handicapée à l’accessibilité des bâtiments sans prendre en compte les services. Mais aujourd'hui, les conservatoires comprennent l’exigence éthique d’une société inclusive et donc engagent de plus en plus d’actions. Autant il y a trois ou quatre ans on pouvait parler de frémissement, mais là, il y a un réel engagement." 

On est dans une société du culte de la performance, du dépassement de soi. Ce n’est pas facile d’accueillir une personne qui présente des limitations fonctionnelles, communicationnelles, ça nous renvoie aussi à nos propres fragilités, à nos vulnérabilités" - Emeline Hourcade

Un engagement dû selon elle à la sensibilisation, à l'information, et à des "campagnes de communications importantes de la part des collectivités, du ministère de la Culture", même si il existe une marge de progression certaine : "La prise de conscience est encore fragile, et je crois que c’est aussi important de comprendre ce qui peut jouer dans les réticences observées. Le handicap renvoie à une difficulté à casser des murs qui ont été édifiés depuis des siècles, où il y avait d’un côté les personnes valides, de l’autre les personnes handicapées, privées des droits élémentaires à la participation sociale."

Sans compter la multiplication, dit-elle, des partenariats entre les conservatoires et d'autres acteurs locaux comme les classes Ulis, où sont scolarisés des élèves en situation de handicap.

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