Reportage
Entretien
Mercredi 14 avril 2021
2 min

Claire Oppert, une violoncelliste au chevet des patients en fin de vie

Diplômée du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, Claire Oppert est art-thérapeute en soins palliatifs. Reportage à la maison médicale Jeanne Garnier, dans le 15ème arrondissement de Paris.

Claire Oppert, une violoncelliste au chevet des patients en fin de vie
Claire Oppert joue de tout : des tangos, des valses, du Mozart, du Beethoven, du Édith Piaf..., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Le violoncelle dans la main droite, une valise remplie de partitions dans la main gauche, Claire Oppert arpente les couloirs de la maison médicale Jeanne Garnier, dans le 15e arrondissement de Paris. "J'interviens à Puteaux, à l’hôpital Rives-de-Seine, et depuis le mois de février ici, dans cette belle maison médicale", raconte la violoncelliste, diplômée du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, qui joue depuis 10 ans au chevet de malades en soins palliatifs : "Je vais à la rencontre de tous les patients qui le désirent, qui sont d’accord, pour leur offrir un partage musical aux visées thérapeutiques."

Les sessions musicales sont aussi l'occasion d'un partage, d'un moment privilégié avec les patients.
Les sessions musicales sont aussi l'occasion d'un partage, d'un moment privilégié avec les patients., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Beaucoup de patients sont très fatigués, n'arrivent pas ou peu à s'exprimer. Mais lorsque Claire Oppert se met à jouer, l'effet de la musique se lit sur leurs corps. Les sourcils d'une dame tressautent à l'écoute du Lac des Cygnes. Pascuale, lui, écarquille les yeux, sa jambe droite s'agite quand il entend l'Adagio d'Albinoni. Très affaibli, il réussit tout de même à prononcer quelques mots, du bout des lèvres : "C’est un mélange de mélancolie, et d'émotions. Je vous remercie..."

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Pour l’accompagnement de fin de vie, il faut trouver une juste présence. On est dans une ouverture. Dans une ouverture qui laisse libre, qui prend en compte la personne avec ce qu’elle veut donner, partager" - Claire Oppert

"Ça change de la télé, ça fait du bien"

De la mélancolie mais aussi de la joie, parfois. Direction la chambre 224 où on retrouve Émilienne, bientôt 88 ans mais le sourire d'une jeune femme, enchantée de cette parenthèse musicale. "Ça change de la télé, ça fait du bien et ça apaise. On se sent mieux quand même quand il y a des choses comme ça. Puis ça me dérange pas, j’aime bien la musique", témoigne la vieille dame, qui semble en pleine forme. "Du moment qu’il y a de la musique, ça m’intéresse et je chante un peu, je fredonne. Ça me redonne beaucoup de force, ça encourage."

Ça me plaît toujours d’avoir des choses comme ça, plutôt que de rester enfermée ou de ne voir personne, devant la télé. Parce quand on est devant la télé, on s’allonge et on s’endort" - Émilienne, 87 ans

Émilienne, bientôt 88 ans, émue par un air de Vivaldi.
Émilienne, bientôt 88 ans, émue par un air de Vivaldi., © Radio France / Louis-Valentin Lopez
"Du moment qu’il y a de la musique, ça m’intéresse", lâche Émilienne, qui écoute attentivement le violoncelle.
"Du moment qu’il y a de la musique, ça m’intéresse", lâche Émilienne, qui écoute attentivement le violoncelle., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Un ravissement aussi pour l'équipe médicale, qui constate les bienfaits de la musique sur les patients. "On voit vraiment que c’est un plus pour les patients. Ils nous le disent, mais surtout on le ressent. Ce n’est pas toujours évident pour eux de le dire avec des mots, mais même quand ils ne peuvent pas on le voit, c’est assez flagrant", relate Marie-Liesse Ecomard, médecin dans l'unité de soins palliatifs.

À chaque fois qu'elle vient, Claire Oppert s'entretient avec les médecins, afin d'obtenir des informations sur les patients pour lesquels elle s'apprête à jouer.
À chaque fois qu'elle vient, Claire Oppert s'entretient avec les médecins, afin d'obtenir des informations sur les patients pour lesquels elle s'apprête à jouer., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Les vertus du "Pansement Schubert"

Depuis 10 ans Claire Oppert a joué pour plus de 2000 patients. Auteure d'un ouvrage où elle retrace son expérience d'art-thérapeuthe (Le Pansement Schubert, aux éditions Denoël), elle défend les vertus thérapeutiques de sa musique. "Il y a beaucoup de miracles, au sens du poète Christian Bobin : des élancements du cœur, des éclaircissements de la pensée", constate celle qui est aussi titulaire d'un diplôme universitaire d'art-thérapie : "des miracles qui ne sont pas des résurrections ou des maladies guéries, mais quelque chose de fondamental, essentiel. La musique dans un service de soins palliatifs est quelque chose d’essentiel. Quelque chose qui apparemment ne sert à rien, dont on pourrait se passer, mais qui vient toucher une partie fondamentale de la personne humaine et de la personne malade. Je pense qu’il faut encourager les musiciens à se former et aller offrir leur musique dans des lieux où elle ne sonne pas actuellement."

Les personnes sont souvent fragilisées, la maladie attaque le corps. Mais la dignité profonde n’est pas en jeu, car elle n’a pas de degré. C’est ça le message le plus fort de la musique en soins palliatifs : en s’adressant à la personne dans sa totalité, on s’adresse à une personne qui est parfaitement digne jusqu’au bout de la vie, car la fin de vie, c’est encore la vie"

Claire Oppert a également participé à une étude clinique, menée sur 112 patients. Conclusion : lors des soins, la musique peut diminuer de 10 à 50% la douleur et l'anxiété des malades.

Claire Oppert toque doucement à la porte des patients.
Claire Oppert toque doucement à la porte des patients., © Radio France / Louis-Valentin Lopez
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