Reportage
Entretien
Mercredi 3 mars 2021
2 min

"Un peu de soutien, un peu d'humanité !" : interdits de jouer, la galère des musiciens du métro

Les 300 musiciens habilités par la RATP n'ont plus le droit de se produire depuis le début de la crise du Covid-19. Mais cela n'empêche pas quelques-uns de braver l'interdit. Pas le choix, pour ceux qui gagnent leur vie grâce aux dons des usagers.

"Un peu de soutien, un peu d'humanité !" : interdits de jouer, la galère des musiciens du métro
Nadhem, Tunisien et étudiant au conservatoire, gagne sa vie en jouant dans le métro., © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Un couloir de métro, sur la ligne 4. Il est midi, les gens marchent tête baissée. Ils sont pressés et jettent à peine un regard à Marius, qui entame un classique de Chopin. L'accordéoniste joue de la musique dans le métro depuis 15 ans, et la crise du Covid le touche de plein fouet : "C'est compliqué, ça ne marche pas. Il n'y a pas de touristes. En ce moment, je gagne 10 ou 15 euros par jour. Les gens en ce moment n'ont pas envie d'écouter de la musique..."

"Comment un musicien du métro, qui vit de ça, va pouvoir continuer à vivre ?"

À l’autre bout de Paris, Nadhem est plus chanceux : l’étui de son violon est rempli de pièces de monnaie. Mais l’interdiction de jouer lui reste en travers de la gorge : "On n'a pas le droit de jouer dans le métro malgré les difficultés financières qu’on traverse. Ce n’est pas normal. Comment un musicien du métro, qui fait violoniste, percussionniste ou pianiste, qui vit de ça, va-t-il pouvoir continuer de vivre ?", s'interroge-t-il : "Quand même, un peu de soutien, un peu d’humanité !

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Je vis de ça, et ce n’est pas que moi. Il y a 300 musiciens de métro qui vivent de ça, qui vendent des CD" - Nadhem, musicien du métro

Stella Sainson, qui gère l’activité des musiciens du métro à la RATP, dit comprendre leur colère : "Nous sommes conscients que cette recommandation de ne pas jouer dans nos espaces est très compliquée à supporter. Mais malheureusement, nous n’y sommes pour rien. En tant qu’entreprise responsable et garante de la sécurité des voyageurs et de leur santé, on n’a pas du tout envie d’être vecteurs de contagions extrêmes."

Je reste extrêmement disponible pour eux. Lorsqu’ils appellent ponctuellement pour faire état d’un mal-être, je suis toujours à l’écoute. On est là aussi pour les accompagner, pour les soutenir" - Stella Sainson

La responsable rappelle aussi les dispositifs pour les aider : "Le dispositif d’aide qu’on essaie de mettre en place, c’est essentiellement par des actions digitales, notamment créer des concerts sur internet, où on les sollicite. Mais d’un point de vue financier, il n’y a pas d’aide particulière. Notre rôle s’arrête. D’autres moyens en France sont mis en place pour une aide autre que celle-ci."

La demande d'un statut pour les musiciens

Problème : Nadhem, le violoniste, est Tunisien, résident étranger. L'étudiant au Conservatoire régional de Paris ne peut donc pas toucher d’aides : "J’ai demandé de l’aide au ministère de l’Economie, mais je ne rentre pas dans les conditions. Les musiciens du métro ne rentrent dans aucune condition. Nous ne sommes pas intermittents du spectacle, nous ne sommes pas salariés, nous ne sommes pas liés à l’Etat." Il réclame en ce sens la création d’un statut pour les musiciens du métro : "Si vous considérez que le musicien du métro est un mendiant, c’est dommage. C’est un travail. C’est un travail très dur."

Un travail que "Kuku" prend très à cœur. Il vient des Etats-Unis et gagne sa vie grâce aux passagers. "Il me semble que ce n’est pas autorisé, mais vous savez, les forces de l’ordre me voient, je ne cause aucun problème, je ne réclame de l’argent à personne, je n’arrête pas les passants. C’est mon métier, c’est comme ça que je gagne ma vie, je fais ça tous les jours", témoigne-t-il.

Les salles de concert sont fermées, je ne peux pas faire de concert, ni jouer dans les petites salles où je joue habituellement. C’est comme ça que je gagne ma vie !" - "Kuku", musicien du métro

"Mais à part ça, je continue d’avancer", poursuit-il, philosophe : "Je trouverai toujours un endroit pour chanter, une raison de chanter. Quoi que je gagne, à la fin de la journée, je mange, je dors, je nourris mon enfant. C’est tout." On devine un sourire derrière son masque. "Kuku" en a vu d'autres, il a fait la guerre et est formel : "Ce n'est pas le Covid qui arrêtera les musiciens."

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