Reportage
Entretien
Mardi 25 août 2020
3 min

Classique au vert, le festival en plein air qui résiste à la Covid-19

Au milieu des nombreuses et tristes annulations, certains festivals ont réussi à se maintenir cet été. C’est surtout le cas de festivals en plein air, comme Classique au Vert qui se tient depuis le 15 août au Parc Floral de Paris.

Classique au vert, le festival en plein air qui résiste à la Covid-19
Festival au Parc Floral en 2017, © Maxppp / Denis Trasfi

Une heure avant le début du concert de la violoniste Diana Tishenko et du pianiste José Gallardo, le public était déjà nombreux à faire la queue dans les allées du Parc Floral de Paris. Cette année, en raison de la crise sanitaire, le Parc Floral accueille en même temps trois festivals, Classique au Vert, le Paris Jazz Festival et Pestacle, destiné au jeune public, dans une version réduite d’un mois et demi. 

Une édition « exceptionnelle, déjà parce qu’elle a lieu » affirme Danièle Gambino qui s’occupe de la direction artistique des festivals du Parc Floral. « Du fait de la crise sanitaire on a quand même vraiment pensé à un moment donné devoir vraiment annuler. »

Alors effectivement « les contraintes sanitaires sont drastiques », précise-t-elle avant de citer la distanciation d’un mètre entre les spectateurs, la jauge réduite à près de moitié, le masque obligatoire dans la queue. Il a fallu embaucher une équipe de désinfection « qui désinfecte en permanence tout, les portes, les boutons », et une autre pour gérer les flux des personnes qui font la queue. « C’est assez contraignant quand même. »

Des concerts en plein air sonorisés

Ce qui a largement favorisé le maintien de certains festivals, comme Classique au Vert ou encore la Roque d’Anthéron c’est le fait qu’ils se tiennent en plein air. Mais l’extérieur n’offre pas toujours la meilleure acoustique pour les concerts classique, c’est pourquoi ces deux évènements ont fait appel au même ingénieur du son, Jacques Laville, qui a également sonorisé les Concerts au Potager du Roi à Versailles. « J’utilise un système un peu révolutionnaire de diffusion qui s’appelle la WFS », explique ce dernier, « particulièrement performant pour les musiques acoustiques parce qu’on n’a pas l’impression qu’il est sonorisé. Il raccorde l’image au son. »

On a vraiment l’impression que le son vient du musicien et non pas d’enceintes comme c’est le cas d’enceintes conventionnelles stéréo », affirme Jacques Laville, qui ajoute que ce système discret devrait rassurer un public et des musiciens encore parfois réticents à la sonorisation d’un violon ou d’un piano. Surtout que Jacques Laville en est persuadé, de plus en plus d’évènements y feront appel « parce que ça permet de mettre le public dans de bonnes conditions de sons dans des lieux qui ne sont absolument pas prévus pour ça ».

L’importance d’une politique culturelle

Extérieur ou non, le festival n’aurait pas pu se tenir sans l’aide de la ville de Paris tient à préciser Danièle Gambino qui en appelle à une réelle réflexion sur  la place de la culture dans notre société. « Ce qui apparait dans cette crise c’est l’importance d’une politique culturelle. Nous on peut faire ce festival parce qu’il est financé aussi par la ville de Paris et si ça devait être un festival rentable il n’aurait pas eu lieu, c’est clair. »

« A jauge réduite, la plupart des lieux et la plupart des producteurs ne peuvent pas  maintenir des concerts, c’est pas possible », ajoute Danièle Gambino. « On ne peut pas imaginer que des petites formes gratuites, en plein air, ça ne marche pas comme ça en fait. Donc ça met quand même en avant l’importance d’avoir des secteurs qui échappent à l’économie marchande. »

Le festival se tient jusqu’au 23 septembre, Danièle Gambino espère qu’il pourra être maintenu jusqu’au bout. Quant à l’année prochaine, plusieurs questions se posent déjà notamment sur la programmation ou non d’artistes internationaux face au risque de la fermeture de frontières, et aux incertitudes qui planent toujours sur la poursuite de la crise sanitaire. 

France Musique diffusera leconcert de Karine Deshayes avec l'orchestre de chambre de Paris dirigé par Hervé Niqueten direct de Classique au Vert ce vendredi 28 août à 20h.