Reportage
Entretien
Mardi 19 octobre 2021
3 min

L'une des dernières entreprises d’instruments de musique en France joue sa survie

La crise liée au Covid a sérieusement ébranlé l’entreprise PGM-Couesnon, spécialisée dans la fabrication d’instruments à vent et de percussions, à Etampes-sur-Marne, dans l’Aisne. C'est l'une des deux dernières entreprises du secteur en France. Un savoir-faire ancestral menacé de disparition.

L'une des dernières entreprises d’instruments de musique en France joue sa survie
Bruno Villain, travaille dans l'entreprise depuis 21 ans, © Lise Verbeke

Les neuf ouvriers - tous polyvalents, et tous musiciens - vont d’un poste de travail à l’autre. Entre la chaudronnerie, le repoussage, le tournage, le cintrage ou encore la pistonnerie, « le travail est sensiblement le même, qu'il s'agisse du clairon, bugle, de la basse, on découpe la pièce de laiton avec un patron, on commence à la replier, on effectue les soudures, puis la mise en forme se fait avec un maillet, pour constituer le haut de pavillonexplique Sophie Glace, co-gérante de l’entreprise. « C'est un travail de Gaulois, très artisanal ! » 

Et ici, on peut même faire du sur-mesure, « un jour, on a une personne qui est venue, et qui nous a dit qu'elle était une inconditionnelle du nombre d'or, il faut que ma trompette soit fabriquée par rapport à ce nombre d'or, et que toutes les formes, les courbes etc, soient en rapport avec le nombre d'or. donc on s'est penchés sur la question, et on lui a fait sa trompette. Cela a rendu un instrument très esthétique. »

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Un savoir-faire unique depuis 1827, aujourd’hui menacé. L’arrêt de la vie musicale avec le Covid a entraîné une chute vertigineuse des commandes. Les devis reviennent timidement, notamment en Afrique et en Amérique latine, où s'exporte 80% de la production de l’entreprise, pour les formations musicales des armées. « Le plus dur c'est qu'on a aucune vision. Ça devient critique, mais on se bat. On va voir tout le monde. On a même essayé de se diversifier, pour pouvoir continuer à tenir. On a fait des luminaires pour un grand designer... On veut tout faire pour garder nos employés et notre savoir-faire

PGM-Couesnon, au cœur de la vie de Ginette Planson

A son côté dans la bataille, il y a sa mère, Ginette Planson, 78 ans. Car PGM-Couesnon, c’est toute sa vie. En 1960, elle rentre chez Couesnon, où elle fabrique les housses d’instruments, puis les tambours. En 1979, l’usine est ravagée par un incendie. « Nous étions 165, ils n'en ont repris que 8. J'étais donc parmi les licenciés et je ne me voyais pas rester au chômage. J'ai donc essayé de refaire ce que je faisais, mais dans mon sous sol! C'est comme cela que c'est reparti !»

Elle crée PGM, et invente même un nouveau tambour en fibre de verre, plus résistant et plus léger. Et en 1999, « J'avais travaillé 20 ans avec les gens de chez Couesnon, ils sont venus me voir en me disant que Couesnon allait fermer, que l'entreprise était en liquidation judiciaire. Ils m'ont demandé 'tu voudrais pas racheter' ? J'ai rigolé, mais je suis quand même retourner les voir. Et puis j'ai fait un tour dans l'usine, j'ai vu toutes ces machines qui allaient partir à la ferraille. Et c'est cela qui m'a poussée à racheter Couesnon !»

Pour sa plus grande joie, sa petite fille souhaite aujourd’hui rejoindre l’entreprise. « Quand ma petite fille m'a dit 'mamie, tu as passé ta vie là, on ne va pas laisser tomber', pour moi, c'était génial.» Trois générations de femmes pour continuer à faire vivre cette entreprise, classée au patrimoine vivant.   

Reportage de Lise Verbeke

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