Reportage
Entretien
Mardi 19 janvier 2021
2 min

La fermeture des lieux culturels affecte notre santé psychique

Anne-Marie Dubois, psychiatre et directrice scientifique du Musée d'Art et d'Histoire de l'Hôpital Sainte-Anne, revient sur les effets psychiques que peuvent induire la fermeture des lieux de culture et l'absence de vie artistique, en période de pandémie.

La fermeture des lieux culturels affecte notre santé psychique
Une salle de cinéma fermée à Strasbourg, © AFP / FREDERICK FLORIN

A quand remontent la dernière séance de cinéma, la dernière exposition, le dernier concert auquel on a assisté ? Cela fait maintenant des semaines que les lieux de culture sont fermés en raison de l’épidémie de Coronavirus, et si les effets des confinements sur la santé mentale ont été démontrés, l’absence de vie artistique est également néfaste, affirme la psychiatre Anne-Marie Dubois

Etre connecté à l’histoire, aux mouvements culturels, est très important d’un point de vue préventif, nous explique-t-elle :  « Cela permet de se situer. Pas comme l’unique objet du monde, mais d’être inscrit dans une filiation, de solliciter des intérêts, d’avoir envie de chercher, de créer des liens. C’est de l’ordre de la stimulation intellectuelle et de l’ancrage dans une existence qui ne soit pas isolée. »

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S’inscrire dans une histoire permet donc de prendre du recul et de mieux accepter, de mieux surmonter certaines difficultés : « Quand on n'est pas dans la dérision, chaque chose qui vous arrive est vécue au premier degré, et n'est jamais distancée. Et c’est pour cela que je dis que l'absence de rapport à l’histoire et à la culture fait des individus qui n’ont plus de ressources personnelles, pour lutter contre la dépression, pour lutter contre un certain nombre d'événements pénibles qui peuvent arriver. Donc pour tout ça je crois que c’est très important oui. »

La capacité à prendre de la distance grâce à l’art est justement au cœur de l’exposition Follement drôle, qui aurait dû être présentée en ce moment au musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne, à Paris. Co-réalisée avec la collection Prinzhorn de Heidelberg, en Allemagne, Anne-Marie Dubois en est la co-commissaire :  « On voit, au travers de sept sections différentes dans cette exposition, la capacité de ces patients à se distancier, à faire de l’ironie, à être dans la dérision. Et manifestement, toutes les œuvres qui sont exposées viennent de gens qui ont une culture, et un savoir-faire »

Caricatures, dadaïsme, critiques des institutions psychiatriques. Cette exposition a pour objectif de dédramatiser la maladie, et de montrer comment des patients artistes s’emparent de l’humour et de la dérision. Et en cette période, ajoute Anne-Marie Dubois, cela faisait particulièrement du bien d’entendre des rires devant les tableaux, quand l’exposition était encore ouverte au public.

L’exposition Follement drôle devait se tenir jusqu’au 31 mars au Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Saint-Anne à Paris, avant de partir en Allemagne. Son ouverture prochaine au public dépendra des annonces du gouvernement, avec la possibilité d’une prolongation jusqu’au mois d’avril.

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