Reportage
Entretien
Mardi 15 juin 2021
2 min

Salles de spectacle : le "casse-tête" du pass sanitaire

Des établissements, comme l'Opéra de Paris et la Philharmonie, s'apprêtent à mettre en place le pass sanitaire, pour des concerts de plus de 1000 spectateurs. Un sacré défi logistique.

Salles de spectacle : le "casse-tête" du pass sanitaire
Laurent Bayle, directeur de la Cité de la musique - Philharmonie de Paris, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Il est la condition sine qua non pour pouvoir assister à des événements réunissant 1000 personnes ou plus : le pass sanitaire. Autrement dit, la preuve que vous avez été complètement vacciné contre la Covid-19, ou bien que vous avez effectué un test PCR ou antigénique négatif datant de moins de 48h. Le pass sanitaire est exigé depuis mercredi dernier mais les grosses salles de spectacle se sont laissées un peu plus de temps pour se préparer à ce sacré défi logistique. L'Opéra de Paris le testera dès ce mardi soir, et la Philharmonie le mettra en place ce vendredi.

Revoir le dispositif d'accueil des spectateurs

À la Philharmonie de Paris, par exemple, il faut s'adapter. Le hall d'accueil est trop petit et l'établissement doit donc délocaliser le contrôle du pass sanitaire, qui s'ajoute aux contrôles déjà en vigueur, comme nous le dit Hervé Pareux, le responsable de l'accueil des spectateurs. "On ne pouvait pas faire le contrôle de ce pass dans le hall, où il y a déjà le contrôle Vigipirate et le contrôle du billet. Le défi logistique était de pouvoir le faire à l’extérieur, on va donc installer des tentes", explique-t-il : "en plus, il faut faire le contrôle à l'ombre, et peut-être à l'abri de la pluie s'il y en a." Et avant même de prendre les escalators, le public rencontrera des agents, qui leurs demanderont s’ils ont bien leur QR Code (le pass sanitaire se présente sous forme d'un "code barre", sur papier ou sur l'application Tous Anti Covid).

La grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris a un hall d’accueil très petit. On s'en était aussi aperçu en septembre-octobre, quand il a fallu faire attention à ce que le public soit distancié : nous avions été obligé de réguler à l’extérieur l’affluence dans le hall" - Hervé Pareux, responsable de l'accueil des spectateurs à la Philharmonie de Paris                  
 

Qui dit contrôle en plus dit réquisition de personnel supplémentaire, et un temps de rodage nécessaire pour les équipes. "Au début, il y aura sûrement 6 personnes en plus pour s’assurer que le flux se fait très vite. Après l’expérience de trois ou quatre concerts, nous nous adapterons. Peut-être que 6 sera le bon chiffre, peut-être que nous réduirons un peu car nous nous apercevrons que le public est très au fait de cet usage", anticipe Laurent Bayle, le directeur de la Philharmonie. "Au niveau des équipes d’accueil, il y a une certaine inquiétude, parce qu’elles sont en contact direct avec le public et qu’elles veulent garder des liens harmonieux avec le public."

Avoir plus de personnel, c’est une contrainte humaine qui a des conséquences économiques, contrebalancées par le droit d’avoir plus de spectateurs, donc des recettes complémentaires" - Laurent Bayle, directeur de la Cité de la musique - Philharmonie de Paris

Investir dans des smartphones

Des équipes rassurées ceci-dit par les tests concluants menés sur le tout nouveau matériel. Car oui, il a fallu investir dans des smartphones, pour pouvoir scanner les QR Codes. Myriam Coplo travaille à l'Opéra de Paris, où elle dirige le service Expérience spectateur et marketing. "Nous avons dû investir rapidement dans une vingtaine de smartphones, puisque l’idée est de ne pas utiliser le même scan que celui utilisé pour les billets", indique-t-elle. L'Opéra demande aussi au public de venir une heure et demi plus tôt, contre trois-quarts d'heures habituellement. 

Le contrôle sanitaire est une étape un peu confidentielle, qui pourra prendre on le suppose un peu de temps au démarrage puisque nos spectateurs ne sont pas habitués" - Myriam Coplo, directrice du service 'Expérience spectateur et marketing' à l'Opéra de Paris

Toute cette organisation demande du temps, des moyens surtout. Du coup certaines salles renoncent au pass sanitaire comme l'Auditorium de Lyon, qui préfère se limiter à 999 spectateurs. Aline Sam-Giao, sa directrice, nous explique l'une des raisons : "La réouverture des salles est concomitante au lancement de nos saisons et de la billetterie pour la saison prochaine. On a énormément d’équipes d’accueil et de billetterie qui sont mobilisées sur les abonnements. Le fait de devoir gérer en plus une surcharge de travail liée à l’organisation des files d’attente pour le contrôle du pass sanitaire en extérieur, plus le risque d’attroupement si on ne le gère pas bien, fait qu’aujourd’hui c’est une pression sur les équipes à laquelle on n’est malheureusement pas en capacité de faire face." 

On met un point d’honneur à accueillir nos spectateurs dans un niveau d’accueil qui soit excellent, on a fait très attention depuis le début de la crise sur toutes les questions sanitaires" - Aline Sam-Giao, directrice de l'Auditorium de Lyon

La directrice de l'auditorium ne voudrait pas qu'un manque d'anticipation mette à mal le protocole, respecté jusqu'à présent. Pour la rentrée, dit-elle, il serait bien d'avoir une visibilité sur le maintien ou non du pass sanitaire. Pour l'instant, le sésame est exigé au minimum jusqu'au 30 septembre prochain.

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