Reportage
Entretien
Mardi 15 décembre 2020
2 min

Fermeture des salles : « Une condamnation à mort repoussée »

La semaine dernière, le gouvernement renonçait finalement à rouvrir les salles de spectacle. La date du 8 janvier est annoncée, mais les directeurs sont dépités et désarçonnés face à cette nouvelle désillusion. Un reportage de Marie Gicquel.

Fermeture des salles : « Une condamnation à mort repoussée »
L' Opéra de Marseille, © Maxppp / LA PROVENCE / RUOPPOLO Guillaume

« Il y a quelque chose qui nous échappe, lorsqu’on voit des images des supermarchés bondés ce week-end et lorsqu’on voit nos salles vides, il y a un contraste sidérant. »

Maurice Xiberras est effondré. L’image est forte, « c’est comme un condamné à mort dont on repousserait à chaque fois l’exécution ». L’Opéra de Marseille qu’il dirige, ne rouvrira pas avant janvier, abandonnant au streaming sa production La Bohème. L’œuvre de Puccini devait se jouer à six reprises à guichet fermé. « Nos spectacles de fin d’année sont nos plus belles recettes, on fait dans les 500 à 600 000 euros de recettes, mais là cette année, le compteur sera mis à zéro. » Des recettes qui s’envolent en une semaine alors que l’institution marseillaise a déjà perdu plus de 2 millions d’euros.

Patrice Martinet, directeur de l’Athénée à Paris n’en est même plus à compter ses pertes. Abasourdi par l’annonce, il demande simplement plus de clarté « Quand le ministère de la culture nous dit vous aurez 35 millions d’euros en plus, c’est même plus ce qu’on cherche, on ne se préoccupe même plus du soutien financier, on veut juste comprendre comment on doit travailler maintenant ». Lui et son équipe du théâtre de l’Athénée ont tout mis en œuvre pour que leur création Le diable à Paris soit monté pour cette semaine de fausse réouverture, en vain…

Les captations, de minces réconforts

Les salles se rapatrient alors sur les captations et le service en streaming, pour ne pas gâcher des mois de travail. Mais ce service est une maigre consolation. « Le travail de création, les répétitions, c’est pour aboutir à une représentation en public, pour le soir de la première, et nous dire que cela n’a pas lieu, c’est casser les jambes des artistes», s’insurge Patrice Martinet. Quant à Maurice Xiberras, il s’inquiète de cette habitude du spectacle "chez soi",  « il faut faire très attention, il ne faut pas que le public s’habitue à rester à la maison et regarder ces captations sinon ce serait la mort de nos salles et de notre raison de vivre. »

En attendant janvier, avec angoisse et incertitude, 300 professionnels du secteur ont lancé une démarche devant le conseil d’état pour contester cette dernière décision du gouvernement… qui lui, se défend en admettant préférer ne pas rouvrir, s’il faut refermer derrière.

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