Reportage
Entretien
Lundi 30 août 2021
3 min

Jazz sous les Pommiers : retour sur une 40ème édition épatante, qui relève du miracle

Le festival incontournable, qui s'est achevé ce dimanche, a fait battre pendant cinq jours le cœur de Coutances en Normandie. Avec d'ores et déjà la promesse d'un retour en mai prochain.

Jazz sous les Pommiers : retour sur une 40ème édition épatante, qui relève du miracle
Théo Ceccaldi et Airelle Besson ont enflammé la scène lors du grand concert anniversaire des artistes résidents, © Jazz sous les Pommiers

Clap de fin pour Jazz sous les Pommiers, 40ème édition. Le festival normand, rendez-vous incontournable de tout amateur de jazz qui se respecte un tant soit peu, a baissé le rideau ce dimanche. Organisé au mois d'août au lieu du mois de mai, crise sanitaire oblige, et sur cinq jours, au lieu d'une semaine. Cela reste malgré tout une belle embellie, comparé au maigre week-end organisé tant bien que mal en septembre 2020. Avec un bilan positif : le retour de l'événement a fait vibrer la ville de Coutances, devenue pendant quelques jours l'épicentre du jazz. 

Cette édition, un peu inespérée, a fait la joie des artistes, des spectateurs mélomanes et des 279 bénévoles passionnés, qui ont retrouvé leurs habitudes. Le bonheur des petits commerçants aussi, comme Hocine Hefsi, le patron de La Rose des Sables. Son restaurant, depuis 18 ans, fait un peu office de cantine du festival. "Il y a un peu plus de monde par rapport à d'habitude. Et on fait les repas pour tous les techniciens, la régie, les intermittents, les artistes... passage obligé par chez nous !", raconte-t-il : "Économiquement, c'est une semaine importante. En ville il y a du monde, de l'ambiance. On est un peu une famille."

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Hocine Hefsi, le patron de la Rose des Sables, restaurant incontournable des festivaliers
Hocine Hefsi, le patron de la Rose des Sables, restaurant incontournable des festivaliers, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Une ministre pour défendre la cause du jazz

Une famille qui a reçu une visiteuse de marque, cette année, en la personne de Roselyne Bachelot. Venir à Coutances pour la ministre de la Culture, c'est à la fois reconnaître l'ancrage des festivals dans les territoires, et montrer que le jazz est une forme artistique majeure, dit-elle : "C’est important de venir ici, nous avons un remarquable tissu de festivals dans notre pays, plus de 9000. Je souhaite que soient reconnues toutes les formes artistiques. Il y a de remarquables festivals de jazz dans notre pays et Coutances est l’un des trois rendez-vous sur le podium des festivals de qualité internationale", souligne la ministre.

Roselyne Bachelot et Denis Le Bas, le directeur du festival
Roselyne Bachelot et Denis Le Bas, le directeur du festival, © Radio France / Marc Voinchet

"Venir à Coutances, c’est à la fois reconnaître l’ancrage territorial des festivals, et dire que le jazz est une forme artistique majeure. Le jazz n’a sans doute pas la place qu’il mérite dans le paysage artistique français" - Roselyne Bachelot

La ministre évoque aussi plusieurs politiques spécifiques, qui permettraient de donner des coups de projecteurs à la scène et à la création musicale : "Il s'agit de donner plus de place dans l’audio-visuel, en particulier public, à la forme jazz. Et également inciter les scènes musicales à mieux intégrer le jazz dans leurs programmations." Roselyne Bachelot profite de son passage à Coutances pour s'entretenir avec des artistes et représentants du jazz. Pourquoi pas, après "Tous à l'Opéra", une opération "Tous au Jazz" ? L'idée est lancée au détour d'une question. La ministre y paraît sensible.

La ministre de la Culture s'est entretenue avec des artistes et des représentants du jazz
La ministre de la Culture s'est entretenue avec des artistes et des représentants du jazz, © Radio France / Louis-Valentin Lopez
Parmi les musiciens conviés pour échanger avec Roselyne Bachelot, Fidel Fourneyron, nouvel artiste résident à Jazz sous les Pommiers
Parmi les musiciens conviés pour échanger avec Roselyne Bachelot, Fidel Fourneyron, nouvel artiste résident à Jazz sous les Pommiers, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

70% de remplissage, déjà une belle victoire

En tout cas, cette 40ème édition de Jazz sous les Pommiers est un bon cru, compte tenu du contexte. "On a réussi à aller au bout du projet, ce qui était déjà un sacré marathon. Réussir à maintenir un festival, ça n’a pas été simple", nous dit Denis Le Bas, le directeur du festival. "On est autour de 70% de remplissage. Ce n’est pas tout à fait la vie d’avant, où on était plutôt à 90%. Mais dans un temps contraint et dans ce contexte, c’est une vraie réussite et un vrai plaisir d’avoir été au bout." Au total, sept concerts ont affiché complets, avec près de 25 000 spectateurs sur les cinq jours.

Du jazz psychédélique venu tout droit de Scandinavie avec le trio Rymden, ou bien de La Havane avec les bouillants virtuoses d'El Comité... Le concert "cadeau d’anniversaire" notamment, donné par les résidents jeudi soir ( à réécouter en intégralité ici), a fait l'unanimité avec un plateau exceptionnel : Franck Tortiller, Yves Rousseau, Bojan Z, Louis Winsberg, Andy Sheppard, Thomas de Pourquery, Airelle Besson et Anne Paceo. Sans oublier les tout nouveaux artistes résidents, le violoniste Théo Ceccaldi et le tromboniste Fidel Fourneyron, qui ont brillé avec autant d'éclat que leurs prédécesseurs.

Le jazz du trio Rymden, tout droit venu de Scandinavie, a envouté Coutances
Le jazz du trio Rymden, tout droit venu de Scandinavie, a envouté Coutances, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

C’est un festival qui est sorti de son hibernation "covidienne", on est repartis, ça va nous donner du baume au coeur pour le prochain festival  qui je l’espère aura lieu comme d’habitude au mois de mai, et va arriver vite. Donc on a remis du carburant dans la machine, et on est repartis pour un tour" Denis Le Bas

"Il faut se bouger un peu pour retrouver la vie d'avant"

Des spectateurs refroidis par le pass sanitaire ? "Je pense qu’il n’y a pas que ça. Déjà, rappelons qu’on est un festival de printemps, et que pour la première fois, on l’organise en été. Or, l’été, on peut être parti en vacances, garder les enfants, avoir repris le travail... Le pass partout dans les salles, c’est arrivé tard, et avant ce n’était pas forcément non plus la ruée", constate-t-il : "Des gens ont encore peur de se mêler, d’aller dans les salles de concert. Et on a perdu un peu nos habitudes avec ces temps de confinement, il faut se bouger un peu pour retrouver la vie d’avant." 

Le directeur qui nous révèle déjà que le trio du grand Brad Mehldau sera de la partie à Jazz sous les Pommiers, le 27 mai prochain. À vos agendas !

Le batteur d'El Comité s'est dépensé sans compter
Le batteur d'El Comité s'est dépensé sans compter, © Radio France / Louis-Valentin Lopez
Le contrebassiste également
Le contrebassiste également, © Radio France / Louis-Valentin Lopez
Et le trompettiste, impressionnant d'aisance
Et le trompettiste, impressionnant d'aisance, © Radio France / Louis-Valentin Lopez
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