Reportage
Entretien
Jeudi 29 octobre 2020
2 min

A Genève, L'Affaire Makropoulos sur bande enregistrée

Jusqu'au 1er novembre est donné au Grand Théâtre de Genève l’Affaire Makropoulos. Pour sauver cette production, qui nécessite un effectif orchestral important, l’institution a dû prendre une mesure exceptionnelle : jouer l’opéra avec une bande enregistrée par l’Orchestre de la Suisse Romande.

A Genève, L'Affaire Makropoulos sur bande enregistrée
L' Affaire Makropoulos au Grand Théâtre de Genève, © Magali Dougados

Avant la représentation, pas de cordes en train de s’accorder, mais la régie son qui vérifie la bande enregistrée par l’orchestre. Jouer l'opéra de Janáček avec une bande pré enregistrée est une solution qui avait été anticipée dès le mois de juillet par le Grand Théatre de Genève pour maintenir cette production en temps de crise sanitaire, explique son directeur, Aviel Cahn :

« C’était le plan B. On a essayé de réfléchir à comment maintenir la programmation cet automne et puis l’Orchestre de la Suisse Romande a eu le temps d’enregistrer l’orchestration de l’Affaire Makropulous pour avoir ce plan B qu’on espérait ne pas devoir activer mais malheureusement on s’est retrouvé forcé. Si aujourd'hui on n'a pas d'idées inédites ou si on n'accepte pas que les choses soient un peu différentes alors la seule alternative c'est de ne rien faire ou faire des petits opéras de chambre qui ne seront pas forcément plus intéressants que cette version de Makropoulos ». 

La fosse d'orchestre à Genève
La fosse d'orchestre à Genève, © Radio France / Sofia Anastasio

Dans la fosse, pas d’instruments donc, mais un orchestre d’une vingtaine de haut-parleurs. Sur la gauche les violons, les vents, sur la droite, les violoncelles ou encore les cuivres. A la baguette c’est le chef Tomas Netopil, en chair et en os : 

« Quand j’ai parlé pour la première fois avec Aviel Cahn et qu’il m’a proposé de faire ça, j’ai juste dit oh, je ne sais pas. J’étais assez pessimiste . Mais après quelques jours, j’ai dit ok, j’imagine que d’une certaine façon c’est faisable. J’étais ici avec l’orchestre avant les vacances d’été et nous avons enregistré toute l’œuvre. Bien sur je connaissais les chanteurs j’avais travaillé avec eux deux fois avant sur la même production donc je savais ce dont ils avaient besoin, les changements de tempi. Et nous avons assez de répétitions pour être prêt pour la première qui a lieu ce soir »

« Si on est en retard, on est en retard »

C’est avec ses gestes habituels que le chef dirige pendant la représentation. Il dirige les chanteurs qui sont bien présents sur scène et pas sonorisés.. Avec une bande enregistrée, par le droit à l’erreur nous explique Julien Henric, il interprète le rôle de Janek Prus  : 

« La bande n’est pas continue bien entendu, elle a des coupures qui sont placées soit dans les moments où la mise en scène nécessite de prendre plus de temps, soit à des moments où il n’y a pas d’orchestre. Donc la bande est coupée et c’est le chef qui décide lui-même en appuyant sur un clavier et en nous donnant la battue à nous, de relancer la bande-son. Par contre au sein même d’une section de bande-son qui est en cours, si on est en retard, on est en retard. Le chef ne peut pas ralentir la bande-son comme il ralentirait un orchestre donc c’est à nous d’être extrêmement attentifs pour être le plus possible connectés au jeu et au personnage mais garder toujours une oreille sur la bande et un œil sur le chef. »

Ce dispositif donne au spectacle une atmosphère assez étrange qui peut faire écho à l’oeuvre et sa réflexion sur la mort et la vie éternelle,. Alors est-ce que ça fonctionne ? « Le fait qu’il y ait le chef d’orchestre c’était très impressionnant, de le voir quand même diriger un orchestre qui était pas la mais en tout cas au niveau du son c’était super et j’ai pas trouvé que ça posait tant de problème que ça honnêtement », répond Lisa, spectatrice, avant que Robin à ses côtés n'ajoute « tout est parfait, la musique est parfaite, mais il manque une certaine chaleur. Mais malgré les difficultés, de vouloir persévérer c’est admirable, et c’est beau »

A la fin du spectacle, une grande photo de l’orchestre projeté dans le décor permet d’applaudir les musiciens. Ce que le public a fait chaleureusement lundi soir, tout comme les chanteurs qui ont fait vivre ce spectacle, dont Rachel Harnisch et son intensité dans le rôle d'Emilia Marty. 

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