Reportage
Entretien
Jeudi 28 janvier 2021
2 min

Un premier tour à distance pour les épreuves d'admission au CNSMDP

En ce moment même se déroule le premier tour des épreuves d’admission au Conservatoire National Supérieur de Musique et de danse de Paris. Un premier tour organisé pour la première fois par vidéo, en raison de la crise sanitaire.

Un premier tour à distance pour les épreuves d'admission au CNSMDP
Les candidats doivent se filmer chez eux pour le premier tour des épreuves, © Getty / South Agency

Après les cours, depuis la rentrée, ce sont aujourd’hui les épreuves d’admission au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris qui ont dû être repensés en raison de la crise sanitaire. Ces derniers s'organisent cette année à distance.  Les candidats doivent envoyer une vidéo tournée chez eux, explique Pascal Bertin, responsable des départements de la musique ancienne et des disciplines vocales : « Chaque juré reçoit 50, 100, 150 vidéos à entendre. Et puis ensuite on fait une délibération en mode ‘normal', sauf qu’elle est par Zoom ou par Teams, à distance. »

Ces vidéos ne sont pas téléchargeables, seuls les jurés y ont accès. Elles concernent l’entrée en premier cycle dans les disciplines d’interprète, en classique, musique ancienne et jazz. Les candidats ont reçu des indications quant à la manière de les enregistrer, le format et le poids demandés. Pascal Le Corre est pianiste, professeur au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, conseillé aux études dans le cursus de préparation à l’enseignement supérieur. Lui aussi a quelques conseils :  « Il me semble important d’avoir des prises assez larges, pour que l’on voit l’ensemble du corps, parce qu’un jury va regarder l’ensemble des éléments. Il ne faut pas trop focaliser sur l’instrument. Et puis, j’ai envie de dire une chose curieuse : laisser les imperfections pour avoir un côté vivant. Au-delà de 2,3 prises, ça veut dire que quelque part on est en train de rentrer dans un processus qui va tout compliquer et que même si ça a l’air bien du point de vue de l’étudiant, on risque d’avoir un jeu dissocié et froid. » 

Se filmer amène également les jeunes musiciens à « un peu plus exagérer les nuances, les contrastes, les dynamiques et à être plus vigilant sur la qualité de son », ajoute la pianiste et professeure au CNSMDP Claire Désert. Cette dernière a aidé certains élèves à préparer ces épreuves, et elle souligne l'inégalité des conditions d'enregistrement. 

Élargir les candidatures 

Si tout le monde croise les doigts pour que le deuxième tour se tienne en présentiel, Pascal Bertin trouve tout de même des intérêts au fait d’avoir un premier tour filmé :  « Evidemment qu’il faut absolument garder un tour en présentiel, parce qu'il y a la gestion du stress, d’une fatigue … Il y a des paramètres comme ça qui sont importants à un moment du concours. Mais sincèrement pour un premier tour, je trouve que cela peut permettre d’élargir les candidatures à des gens qui viennent de pays lointains, qui ne prendraient pas forcément le risque d’engager des frais énormes en se disant "je n'ai aucune chance de passer le premier tour." La ça ne leur coûte rien du tout, a part les frais d’engament au concours, et ils ont un résultat immédiat ; "suis-je au niveau ou suis-je juste un rêveur ?" »

Avec des candidats venus du monde entier, Pascal Bertin met également en avant la réduction de l'empreinte carbone que cela implique. La conscience écologique du monde culturel se renforce actuellement. Tout comme la présence des caméras et de la technologie dans la vie des jeunes artistes, souligne Pascal Le Corre : « Nos jeunes étudiants sont en général passionnés d’informatique et des captations en tout genre et je suis assez surpris, en ayant aussi présidé des jurys, de voir comment, avec les moyens du bord, certains font déjà des vidéos avec une qualité tout à fait extraordinaire. Mais il n'y pas de formations, à part dans les conservatoires supérieur, donc il faudrait que dans les années qui viennent soit présente une formation à l’image et au son parce que c’est indispensable, pas dans le monde de demain, mais dans le monde aujourd’hui. »

Pour l’instant cette première expérience au CNSMDP se déroule sans problème. Le premier tour des disciplines vocales qui se tenait également par vidéo s’est terminé, « voir très bien terminé », déclare Pascal Bertin. L’envoi des vidéos commence ces jours-ci pour les disciplines instrumentales. 

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