Reportage
Entretien
Jeudi 24 septembre 2020
4 min

Avec le spectacle Watch, des détenus interrogent la notion du temps

Ce vendredi, la MC93 Bobigny accueille le spectacle Watch : « Voyage divers ». Une œuvre participative conçue par l’Orchestre de chambre de Paris, avec la maison de la Poésie et le centre pénitentiaire de Meaux et qui permet aux détenus de s’exprimer sur le temps.

Avec le spectacle Watch, des détenus interrogent la notion du temps
Répétitions du spectacle Watch au Centre de détention Meaux - Chauconin, © Radio France / Theo Hetsch

Dernier regard jeté sur le script avant le premier filage. Ce mardi, comédiens, musiciens, et détenus répétaient au sein du centre pénitentiaire de Meaux. Avec le spectacle Watch ils interrogent la notion du temps. Qu’est-ce que le temps, lorsque l’on est en détention ? réponse d’Irène Muscari, coordinatrice culturelle du Service pénitentiaire d'insertion et de probation : « Mon expérience m’enseigne que le temps ici a une autre dimension. Soit il est imposé par des mouvements, par des obligations, soit il est complètement dilaté parce qu’il est infini. Donc soit on est dans l’attente constante et perpétuelle que ça finisse, soit on est pressé par des obligations, la promenade, y’a le parloir, le parloir avec les avocats, y’a les activités, donc on ne le maîtrise vraiment pas. »

Sur scène, 5 détenus interprètent des textes qu’ils ont écrits en atelier, mais aussi les mots de personnes en Ehpad, de personnes mal logées ou encore en soins palliatifs. Hadyl interprète le texte de Sarah, atteinte d’un cancer : « Sarah c’est une femme courageuse et quand j’interprète son texte, juste le fait d’en parler j’ai des émotions, parce qu’on se met à leur place, et le rapprochement avec les personnes qui sont en fin de vie, en maladie chronique ou bien au Samu social, on a les mêmes ressentis qu’eux, parce que souvent on dit que pour avoir conscience de la vie, il faut aller à l’hospital, ou bien en prison, ou bien au cimetière. On va parler leurs mots comme on dit, je suis Sarah ! »

Schubert et les bruits des portes de prison

Dans le spectacle, mis en scène par Olivier Fredj, ils sont accompagnés de comédiens, de musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris et de la pianiste Shani Diluka. Ils interprètent une adaptation du Voyage d’Hiver de Schubert, œuvre qui n’a pas été choisie au hasard nous explique la pianiste, en charge de la conception musicale du projet : « Le voyage d’hiver s’est imposé puisque c’est une sorte de quête existentielle qui s’inscrit dans le temps. Il a été ici agrémenté de sons de la prison, des portes de prison, du métal de la prison, mixés avec un DJ ».  

C’est Matias Aguayo, l’artiste de musique électronique. Le spectacle a été donné hier au centre de détention, et il sera joué vendredi 25 septembre devant un public à Bobigny, avec les détenus qui seront en permission : « En 6 ans de détention c’est la première fois que je vais sortir », annonce Hadyl, aujourd'hui âgé de 25 ans. « Donc tout d’abord je suis anxieux de me dire que je vais voir dehors, je vous dis la vérité j’ai pas beaucoup dormi cette semaine quand on m’a dit que ça allait être possible. Mais surtout c’est une fierté, pour montrer à ma famille, qui ne va pas me voir en tant que prisonnier mais en tant que comédien, en tant qu’acteur, c’est une fierté immense. C’est des moments dont on se rappellera toute notre vie. Ce qu’on partage actuellement avec les gars, les musiciens, les comédiens, c’est un truc de fou ». 

Pour ce projet, les détenus sont rémunérés. L’idée étant qu’une activité culturelle aussi contribuer au travail de leur réinsertion professionnelle. 

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