Reportage
Entretien
Jeudi 23 septembre 2021
3 min

Une rentrée lyrique qui fait la part belle aux œuvres rares

Œdipe à Paris, Guerre et Paix à Genève, Robert le Diable à Bordeaux. Plusieurs maisons lyriques ont décidé d’ouvrir leur saison avec des œuvres rares et peu montées. Est-ce une prise de risque pour ces institutions ? Comment ce choix est-il reçu par le public ? Reportage à Paris et Genève.

Une rentrée lyrique qui fait la part belle aux œuvres rares
Guerre et Paix à l'Opéra de Genève, mis en scène par Calixto Bieito, © Carole Parodi, Grand Théâtre de Genève

C’est au son des vocalises de Ruzan Mantashyan que nous sommes accueillis dans les coulisses du Grand Théâtre de Genève. Dans à peine 30 minutes, la soprano arménienne interprétera Natacha, rôle-titre de l’opéra Guerre et Paix de Prokofiev. Une œuvre imposante de 3h40, qui n’avait jamais été donnée en Suisse , ce qui peut être perçu comme une prise de risque, qu’assume totalement le directeur de l’institution, Aviel Cahn : « Ma toute première production d’ouverture de saison ici c’était Einstein on the Beach de Philip Glass, en création suisse. Donc je dirais que c’est bien de proposer pour l’ouverture de saison quelque chose de nouveau, quelque chose qui inspire le public, et qui n’est pas la routine d’une maison lyrique. »

La rentrée n’est pas simple pour les maisons lyriques, après un an de fermeture, et des craintes liées au Covid qui persistent. Mais Aviel Cahn fait confiance au public : « Je pense que c’est mon travail de chauffer la matière et évidemment c’est plus facile de remplir la salle, surtout aujourd’hui avec le Covid, avec une Carmen ou une Tosca. Et je dirais qu’on a eu des difficultés au début avec le public mais nous ne sommes pas les seuls à avoir en avoir eu, mais la production était tellement bien reçue par le public et par la presse, que maintenant les représentations commencent à se remplir et c’est un plaisir de voir ça avec un choix audacieux »

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« C'est pas le moment de faire mon trip »

Ce qui a attiré les spectateurs à Genève c’est aussi le nom du metteur en scène, Calixto Bieito, à la réputation sulfureuse. En France, l’Opéra de Paris a fait appel à Wajdi Mouawad pour mettre en scène Œdipe, œuvre tout aussi rare de George Enesco. L’homme de théâtre avait déjà mis en scène L’Enlèvement au Sérail de Mozart il y a 5 ans, et l’exercice est ici quelque peu différent : « On ne dira jamais, mon dieu que Mozart n’a pas de talent, on ne dira pas ça, c’est la même chose quand vous montez Shakespeare au théâtre. Donc là, il y a une responsabilité différente, c’est pas le moment de faire mon trip sur le dos de l’opéra, c’est un opéra qui n'a pas assez vécu pour ça. Je le ferai quand je monterai Verdi ou autre, là je peux triper autant que je veux. Il faut que le public puisse renouer avec cette œuvre qui est presque une création, je le prends vraiment comme une création ».

En plus d’être des opéras peu donnés, Guerre et Paix et Œdipe possèdent un autre point commun, celui d’avoir un livret qui repose sur une histoire connue. C’est ainsi que dans la queue pour assister à la représentation d’Œdipe réservée aux moins de 27 ans, on pouvait entendre « Au moins cette fois, on sait de quoi ça parle ».

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