Reportage
Entretien
Jeudi 6 mai 2021
3 min

Sermonnés et verbalisés quand ils prennent le train : le ras-le-bol des contrebassistes

Les contrebassistes réclament à la SNCF l'autorisation de transporter leur instrument, interdit dans les trains car "trop volumineux". Une pétition, lancée il y a un mois, a déjà récolté plus de 30 000 signatures. Témoignages.

Sermonnés et verbalisés quand ils prennent le train : le ras-le-bol des contrebassistes
"Il existe un risque de chute de l’instrument en cas de vibrations du train", répond la SNCF., © Getty / Andrea Hansen / EyeEm

Élodie Peudepièce se souviendra longtemps de son voyage du 8 avril, dans le TGV en provenance de Reims. La jeune contrebassiste va enregistrer un disque avec l'ensemble Les Cris de Paris :"Je demande toujours à mon employeur de prendre un billet en première classe, car je sais exactement la voiture où je peux m’installer sans déranger personne, sans prendre de risque. Cette fois-ci, ce n’étais pas possible donc j’étais en seconde classe", témoigne-t-elle. "Je suis venue bien à l’avance pour ranger ma contrebasse dans un espace dédié aux bagages, ce que j’ai pu faire sans encombre. Il y avait encore largement la place pour les autres voyageurs de mettre leurs bagages dans les espaces prévus à cet effet. Ma contrebasse est attachée, elle ne risque pas de tomber, elle n'est dangereuse pour personne, elle ne gêne pas le passage."

Mais au beau milieu du trajet, un contrôleur entre dans le wagon et demande à qui est l'instrument. "Je me suis levée. On a eu un échange plutôt désagréable, surtout que c’est la quatrième fois que j’ai ce genre de petites altercations autour du transport de la contrebasse", déplore la musicienne : "On m’a rappelé le règlement, dit que je devais descendre du train, trouver une autre solution. J’ai répondu que je connaissais ce règlement mais que je n’avais pas d’autre solution, que je me donnais beaucoup de mal pour essayer d’être la moins dérangeante possible". L'amende est salée pour Élodie : 100 euros. Une amende qu'elle a contestée. 

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J'ai expliqué au contrôleur que je n’allais pas payer cette amende, que je refusais parce que j’avais déjà précédemment eu ce genre de problème et que la SNCF n’avait pas donné suite. Ce qui prouve bien qu’il y a une sorte d’hésitation, même au niveau de la direction, entre ceux qui veulent appliquer la loi et ceux qui se rendent bien compte qu’il y a un problème" - Élodie Peudepièce

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"Vous avez de la chance que le train soit direct"

De son côté, Marie-Amélie Clément, intermittente, se décrit comme un "cas exceptionnel" parmi les contrebassistes : jamais aucune verbalisation. Mais une attitude désagréable, voire hostile de certains contrôleurs : _"Un jour, un contrôleur sur un trajet direct Besançon-Paris m’a dit : 'vous avez de la chance que le train soit direct, sinon je vous faisais descendre à la prochaine gare' ", se souvient-elle. "Il m’est aussi arrivé d'avoir affaire à un contrôleur à 7h30 du matin qui visiblement n’était pas bien réveillé et s’est fâché très très fort. Au saut du lit, avec une contrebasse dans un TGV, ce n’est jamais très agréable. C’est toujours des négociations, c’est fatiguant à la longue"_, déplore Marie-Amélie.

Le parcours du combattant

De mauvaises expériences qui s'ajoutent au stress de voyager avec une contrebasse : "Quand on arrive à la gare, rien que le fait de se dire qu’il faut se dépêcher, monter la première pour pouvoir la ranger…", égrène la contrebassiste : "Tout un tas de paramètres qui font que chaque voyage est un peu épuisant. Je ne peux pas non plus dormir : à chaque fois que le train s’arrête, il faut aller voir s’il n’y a pas un voyageur qui a mis sa valise sur ma contrebasse, si elle n’est pas rangée au mauvais endroit…"

Le nombre de fois où, après avoir payé une place de train, je voyage sur le strapontin, pour faire attention que ma contrebasse ne tombe pas, qu’elle ne gêne pas une porte, l’entrée ou la sortie… Je suis toujours à côté, et quand je ne suis pas à côté c’est qu’elle est à un endroit où il y a zéro risque qu’il se passe quoi que ce soit" - Marie-Amélie Clément

Sans compter le reste du trajet, un parcours du combattant, confie Élodie Peudepièce : "Les taxis vous refusent parce qu’ils ne veulent pas baisser leur siège. Dans le métros il y a des escaliers partout, parfois on n’arrive même pas à rentrer dedans, les gens ne veulent pas se déplacer. Et dans le RER, c’est interdit puisque la réglementation est la même que celle de la SNCF. Sans compter les répercussions physiques sur le cou et les épaules quand on transporte une contrebasse et une valise."

Une pétition signée plus de 30 000 fois

Face à cette situation, une pétition en ligne a été lancée il y a un mois pour autoriser les contrebasses dans les trains. Elle a déjà récolté plus de 30 000 signatures, de contrebassistes mais aussi d'autres artistes solidaires comme Judith Fa, soprano : "Le train, c’est quand même un moment où normalement on peut regarder ses partitions, discuter avec des collègues, pouvoir arriver tranquillement au concert un peu concentré. Pas fatigué par un voyage et par d’autres embêtements", souligne-t-elle.

Il faut trouver une solution pour qu’un musicien professionnel avec un instrument volumineux puisse se déplacer en train. Ça me semble une évidence, que ce soit aussi sur le plan écologique : il serait quand même dommage qu’on soit obligés de tous prendre notre gros SUV pour parcourir des milliers de kilomètres juste pour aller faire un concert" - Élodie Peudepièce

Les espaces bagages ne sont pas prévus pour réceptionner des objets aussi volumineux (en moyenne 1m80 pour une contrebasse), se justifie la SNCF, contactée par France Musique. Le sujet est avant tout "sécuritaire", nous dit le groupe : il existe "un risque de chute de l'instrument en cas de vibrations du train." Pas de quoi convaincre les contrebassistes, qui ceci-dit nuancent : la plupart des contrôleurs font preuve de tolérance.

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