Reportage
Entretien
Vendredi 5 novembre 2021
3 min

Les "Escape game" se développent dans les opéras

Attirer de nouveaux publics : c'est le leitmotiv permanent des opéras, qui cherchent à développer leurs offres à l'égard des jeunes notamment. Depuis quelques années, et le boom des Escape game en ville, les opéras ont ajouté des jeux à leur programmation.

Les "Escape game" se développent dans les opéras
Valérie, une des participantes de l'Escape game de l'opéra de Montpellier, se confronte aux énigmes, au cœur du restaurant de l'institution., © Radio France / Clément Buzalka

De salles de spectacles, les opéras se transforment peu à peu en véritables maisons de culture et de divertissement. L’Opéra de Paris a été le premier à se lancer dans la mode des Escape game en 2018, à Garnier. Pour ce tout nouveau spectacle, le public était au rendez-vous. Des habitués des lieux, mais aussi des jeunes, des familles, des groupes d’amis qui faisaient là leurs premiers pas à l’opéra. Cet automne, deux institutions proposent des Escape game dans leurs locaux. À Montpellier, comme à Nice, le public participe en groupe réduit à des enquêtes au sein-même de l’opéra. Et le plus souvent, dans des coins où ils n’auraient pas accès en temps normal.

À l'Opéra de Montpellier, par exemple, place de la Comédie, ce n'est pas la foule des soirs de concert. Pendant deux semaines, chaque soir, des groupes réduits, de 6 personnes, viennent enquêter sur la disparition d'une jeune femme dans le bâtiment. Eux ne sont pas policiers, mais des enquêteurs amateurs, qui se prêtent à l'Escape game proposé par l'Opéra. Le restaurant de l'opéra et ses cuisines servent de décor au jeu, et des acteurs issus du Master 2 création de l'Université Paul-Valéry de la ville sont venus prêter main forte, endossant le rôle de game-master (les maîtres du jeu, ici pour aiguiller les visiteurs et leur donner des indices durant la partie).

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« Un autre visage de l'opéra »

Parmi eux, Thaïs Cellura, 22 ans, joue le rôle de la disparue, dans l’énigme : « C’est chouette que l’opéra prenne ce temps aussi pour proposer d’autres formes de spectacle vivant à l’intérieur de leur structure, qui est immense et où de nombreuses personnes peuvent participer, comme les costumiers et les maquilleurs. Cela montre un autre visage de l’opéra, ça le démocratise. »

Comme elle, ils sont une dizaine à faire vivre cette création pour le public. Une création théâtrale, mais aussi musicale évidemment. Car le jeu est rythmé par une composition de Julien Guillamat, ancien artiste en résidence de l'Opéra. Un travail inédit pour lui : « Ici, on va moins s’intéresser à l’esthétique qu’au fonctionnel. Le son a une fonction. Fonction de stresser le joueur, de lui faire peur, de lui donner un indice. Dans mes compositions habituelles, la fonction du son ne dépasse jamais l’esthétique ou l’émotion que je veux transmettre, et c’est rarement du stress ! »

Le jeu se poursuit jusque dans des coins d'ordinaire inaccessibles de l'opéra de Montpellier, comme ici dans les sous-sols.
Le jeu se poursuit jusque dans des coins d'ordinaire inaccessibles de l'opéra de Montpellier, comme ici dans les sous-sols., © Radio France / Clément Buzalka

Dans la forme du spectacle comme dans la musique, on est là bien loin des œuvres classiques de l'opéra. C'est pourtant en connaissance de cause que l'institution s'est lancé ce défi il y a trois ans, comme l'explique Fiona Perbellini, collaboratrice artistique de l'opéra de Montpellier. « Ce sont de nouveaux spectacles. Mais ça n’effacera pas l’opéra, ni les concerts, ni la musique de chambre. C’est complémentaire, et cela permet de créer de nouvelles passerelles avec le public. »

Selon elle, ces spectacles ne sont pas là pour effacer le reste de la programmation de la saison de l’Opéra. « Il ne faut pas voir ce genre de création comme quelque chose qui est rajouté, ou sur le côté de la programmation, pour amuser la galerie », poursuit Fiona Perbellini.

Effet de mode ou avenir culturel ?

L'Opéra de Nice s'est lui aussi lancé dans la conception d'Escape game. Volonté du directeur de l’institution, Bertrand Rossi, séduit par ce concept à la ville ou lors d’événements ponctuels dans des établissements culturels, et désireux de l’importer au sein de sa structure. Mais à l’opéra de Nice, comme à Montpellier, le cœur de la programmation reste culturel. Le but de cette création est le même, pour Bertrand Rossi, élargir le public et s'implanter comme un véritable lieu de vie moderne. « L’opéra a toujours été un lieu de vie, un lieu de rencontres, soutient-il. Nous faisons un retour à ce qu’il se faisait autrefois. L’opéra du 21e siècle, ce n’est plus un opéra où on rentre à 19h30 pour voir un spectacle et où on ressort à 23h pour aller au restaurant à l'extérieur. »

Avec ce genre d’événements culturels et de divertissement, Bertrand Rossi veut faire de son institution un opéra « qui s’intègre dans la vie de la société, au rythme de la société. On s’inspire des événements à la mode, car on se veut être un opéra moderne, lui aussi à la mode, et pas un opéra du passé. »

Nice, Montpellier et Paris ont déjà sauté le pas. Sans nul doute, d'autres institutions suivront. Car au vu des retours positifs, l'effet de mode des Escape game laisse entrevoir l'avenir des programmations des opéras, plus diversifiées que jamais.

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