Reportage
Entretien
Vendredi 19 novembre 2021
3 min

Quand les artistes de pop et de hip-hop se frottent aux orchestres symphoniques

Les formations symphoniques ont la cote chez les chanteuses et chanteurs. Enquête sur un phénomène qui prend de l'ampleur.

Quand les artistes de pop et de hip-hop se frottent aux orchestres symphoniques
Le groupe IAM lors de l'édition 2016 de Hip-Hop Symphonique, © Radio France / Mouv'

C'est le retour fracassant de Hip-Hop Symphonique, après une édition sans public l'an dernier à cause de la pandémie de Covid-19. Un grand concert, ce samedi, à l'Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique, durant lequel des artistes se produiront avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France. L'occasion de dresser un constat : la musique symphonique a la cote chez les chanteurs pop et hip-hop.

IAM, Youssoupha, Passi... Ils s'y sont tous frottés ces dernières années. Des textes de rap, plaqués sur un accompagnement symphonique, c'est atypique, et enrichissant, nous dit le rappeur MC Solaar : "Ça nous sort de notre zone de confort. On a souvent l’habitude de faire le morceau en studio, on le connaît de façon mécanique. Là, on redécouvre un morceau, on se met parfois à suivre des instruments, à moduler sa voix, à amplifier l’émotion qu’on a voulu mettre. La musique symphonique apporte des envolées, et nous laisse une créativité supplémentaire."

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"Il n'y a aucune barrière"

Une alliance pas si improbable que ça, selon la jeune rappeuse Laetitia Kerfa, alias Laeti. "Il n’y a aucune barrière. Pour moi, le rap c’est juste une voix, un texte, ça peut aller sur n’importe quel instrument, n’importe quel style de musique, j’ai l’habitude de mélanger les genres" raconte la star de la saison 2 de la série Validé, sur les coulisses de l'industrie du rap : "J’ai été bercée par plein de musiques différentes. J’ai écouté du raï, du zouk, de la musique classique, donc forcément, ça fait partie de moi."

Laeti reprendra ce samedi sa chanson Rider toute la night en version symphonique. Une expérience différente des open mic, les "micros ouverts à tous", où elle a l'habitude d'improviser : "Quand je fais mon 'open mic', je fais mon travail de mon côté, et seulement ensuite on partage et on se retrouve. Là ce n’est pas pareil, on a travaillé en amont : c’est une question d’harmonie, construire ensemble pour que ce soit encore plus fort." Un "trio d'émotion", dit-elle, entre l'artiste, l'orchestre et le public.

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Et il existe une porosité entre rap et musique symphonique, comme l'explique Issam Krimi, directeur artistique de Hip-Hop Symphonique. Tout vient en fait de ce qu'on appelle le sample : "C'est le fait de prendre une partie d'une musique, un passage, le réutiliser et le répéter comme une boucle. Quand je suis rentré dans le monde du rap et du hip-hop, j'ai croisé beaucoup de gens qui pouvaient me sortir une symphonie, parce qu'ils avaient trouvé un disque de Deutsche Grammophon traîner, avec Karajan sur telle symphonie. Ils l'ont gardé, l'ont samplé, se sont amusés avec."

La pop n'est pas en reste

Le hip-hop donc, mais pas que. Des artistes de variété et de pop s'essaient aussi au symphonique. On peut citer pêle-mêle Mika, Woodkid, ou encore l'inclassable Arthur H. Ce dernier a chanté il y a deux ans avec l'Orchestre d'Harmonie de Bordeaux. Il récidive ce mercredi avec le Philharmonique de Radio France, grisé par la puissance de l'orchestre. "Je me sens comme une espèce de grande voile sur un grand navire ancien. L’orchestre, c’est le vent qui gonfle ma voile. On se sent littéralement emporté par une énergie très vaste", témoigne l'artiste : "J'espèce aussi que ça communique aussi cette énergie fine, subtile, agréable puisque organique. J’aime beaucoup la musique électrifiée, mais là c’est quand même le son du bois, du fer… Ça rentre plus en résonance, je pense, avec qui on est vraiment, c’est-à-dire des êtres organiques et non des machines."

Peu importe qu’on chante pour une petite formation ou une grosse. La musique, c’est l’art de créer l’espace, on peut le faire avec juste un piano. Quelqu’un de doué peut créer un espace très grand avec juste un instrument. L’orchestre est un instrument à part entière, absolument extraordinaire, et avoir la chance de pouvoir explorer ces couleurs, ces énergies-là, je suis très heureux de faire ça" - Arthur H

Ce savant mélange des genres correspond aussi à de nouveaux modes d'écoute, selon le journaliste musical Olivier Cachin : "Il y a un public beaucoup plus ouvert à plein de genres différents. Avec le streaming, il va piocher à droite à gauche, plein de styles différents. Dans les années 70-80, il fallait être soit disco, soit hard-rock, soit hip-hop… Maintenant, ça se mélange beaucoup. Et un orchestre de 80 musiciens qui reprend soit de la variété, du hip-hop ou de l’électronique, comme disait Claude Nougaro, 'ça met les poils du bras au garde-à-vous' ". Bref : rap, rock, pop, classique, électronique... peu importe la musique, pourvu qu'on ait l'orchestre.

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