Reportage
Entretien
Vendredi 1 octobre 2021
3 min

La situation des musiciens roumains : "après le Festival Enescu, c'est l'obscurité"

Troisième et dernier volet ce vendredi de notre série de reportages en Roumanie à l’occasion du Festival Enescu, qui s'est achevé dimanche. Le faste de l’évènement, qui dure un mois et rassemble plus de 4 500 artistes, est assez loin de la réalité que connaissent les artistes classiques roumains.

La situation des musiciens roumains : "après le Festival Enescu, c'est l'obscurité"
L'Orchestre Philharmonique George Enescu , © Andrei Gindac

« Si les Roumains attendent autant le Festival Enescu, c’est parce qu’il n’y pas ce genre de concert pendant le reste de l’année ». C’est avec ces mots du flutiste de l’Orchestre Philharmonique George Enescu, Ion Bogdan Ştefănescu, que se terminait notre premier reportage à Bucarest. Nous avons donc voulu en savoir plus, en interrogeant le musicien sur la vie musicale du pays : « C’est tellement bien ce mois de festival, et après, c’est l’obscurité pendant deux ans. Par exemple, le ministère de la Culture donne à notre orchestre de l’argent en plus pour pouvoir payer des artistes invités : 30 000 euros pour une année, pour une saison. Qu’est ce qu’on peut faire avec 30 000 euros ? On parle de millions d’euros pour le Festival Enescu. Si on pouvait travailler chaque semaine avec un chef reconnu et des solistes fantastiques, croyez-moi, notre orchestre serait incroyable en très peu de temps, parce qu’il est constitué de musiciens très doués ».

Le flutiste souhaiterait qu’entre chaque festival, qui se tient tous les deux ans et coûte 11 millions d’euros, le gouvernement maintienne la cadence en terme de financement. Pour que les orchestres publics puissent inviter des artistes donc, mais aussi permettre aux musiciens de vivre plus correctement : « Moi je peux bien vivre, mais si vous ne faites que jouer dans l’orchestre, vous avez un petit salaire et c’est tout. J’ai la chance d’avoir deux métiers, je suis aussi professeur, et je fais aussi entre 50 et 60 concerts comme soliste, en dehors de l’orchestre, ce qui est beaucoup. Donc c’est bon pour moi, mais pour d’autres musiciens, qui doivent vivre avec uniquement l’orchestre, c’est très compliqué . »

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« Il n'y a pas d’hôpitaux corrects en Roumanie, on n’a pas de routes, comment parler d’art dans ce genre de situation ? »

Le musicien semblait soulagé de pouvoir partager sa situation au micro. Nous étions dans le hall de la Sala Palatului, qui était en train d’être nettoyée avant l’arrivée des spectateurs. Ici, nous a-t-il dit, il est presque impossible de parler de cela dans les médias, et d’alerter sur la situation des artistes : « En ce moment, personne ne se préoccupe de l’art. C’est difficile, imaginez-vous, on n’a pas d’hôpitaux corrects en Roumanie, on n’a pas de routes, comment parler d’art dans ce genre de situation ? Les gens meurent quand ils vont à l’hôpital, ils y attrapent des maladies, parce que les bâtiments sont trop vieux. Comment penser à l’art, à la musique, aux acteurs, aux peintres ?  Ils meurent et tout le monde s’en fiche. Mais imaginez juste une journée sans musique. Le silence, complet. Tout le monde deviendrait fou, j’en suis sûr. »

Si politiquement la situation semble compliquée à résoudre, pour Ion Bogdan Ştefănescu, le festival Enesco pourrait se mettre au service des musiciens de son pays, en proposant par exemple aux grands chefs qui viennent, Daniel Barenboim ou Simon Rattle, de diriger un soliste roumain, pendant l’un des deux concerts qu’ils donnent.

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