Reportage
Entretien
Mercredi 27 octobre 2021
3 min

France - Allemagne : un même enseignement orchestral dans les deux pays ?

La semaine dernière au Conservatoire à rayonnement régional de Versailles, un orchestre franco-allemand des jeunes s'est réuni pour célébrer 75 années de paix entre les deux pays. Pour jouer ensemble, les jeunes musiciens ont dû accorder leur violons, et surmonter quelques différences. Reportage.

France - Allemagne : un même enseignement orchestral dans les deux pays ?
L'Orchestre des jeunes franco-allemand en répétition au CRR de Versailles, sous la direction de Michaël Cousteau, © Radio France / Suzana Kubik

Ils sont âgés de 14 à 30 ans et issus du Landesjugendorchester Berlin (Orchestre des jeunes du Land de Berlin) et du Conservatoire à Rayonnement Régional de Versailles Grand Parc. Pendant une semaine ils ont répété dans les conditions d'un orchestre professionnel. Répertoire ambitieux, grand effectif, quatre dates de concerts dans des salles prestigieuses en France et en Allemagne, la deuxième édition de l'orchestre des jeunes franco-allemand a tenu le pari malgré le Covid-19 qui a interrompu toutes les pratiques collectives d'un côté du Rhin comme de l'autre et qui a sérieusement mis en péril la réalisation du projet.

"Après une première collaboration initiée à l’occasion de la commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale, nous avons souhaité réitérer la rencontre autour d'un répertoire qui rend hommage à la fois à la musique française et allemande, qui porte le message de la lumière et de l’espérance pour célébrer les 75 ans de la paix entre les deux pays, explique Michaël Cousteau, chef d'orchestre et l'initiateur du projet.

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Un programme en effet très ambitieux, avec entre autres la 5e symphonie de Beethoven, une pièce de Lili Boulanger et une création de Jean-Baptiste Robin. Un vrai défi à surmonter en seulement une semaine, accompagné par les musiciens professionnels allemands et français :

"On met la barre très haut musicalement et du point de vue programmation, et je suis entouré de très grands professionnels : on a par exemple la clarinette solo de l’Opéra de Paris, on a un contrebassiste solo du Staatsoper de Berlin. Ils sont là dans le cadre des partielles, c’est un luxe extraordinaire, pendant les premières répétitions des tutti, donc on met tout un dispositif pédagogique autour pour que ça fonctionne," précise le chef d'orchestre. 

Pour aller jusqu’au bout de la démarche, les pupitres sont binationaux aussi, ce qui fait ressortir les différences dans les pratiques instrumentales avec lesquelles il faut composer, selon Christophe Dravers du CRR de Versailles, chargé du suivi du projet :

"On a parfois sur les pupitres de vents des équilibres qui sont difficiles à trouver avec des systèmes allemands et des systèmes français...on a un trompettiste sur trois qui est Français et qui s’est mis à la trompette à palette qui est jouée dans les orchestres allemands. Ou encore les contrebasses, on sait très bien que la prise d’archet allemande et la prise d’archet française est différente, ça influe sur le poids, sur la couleur, sur le mode d’attaque, là aussi c’est un vrai travail sur l'équilibre à trouver. "

Une même formation, une expérience d'orchestre différente

Qui sont les étudiants qui participent au projet ? Du coté français, il s'agit des jeunes des cycles supérieurs qui se destinent à devenir musiciens d'orchestre, explique le directeur du CRR de Versailles Xavier-Romaric Saumon. 

Ce que confirment Oscar et Guillaume, violonistes et étudiants au CRR de Versailles. Ils préparent le Baccalauréat TMD (Techniques de la musique et de la danse) qui les destine à faire de la musique leur métier. L'orchestre binational des jeunes est pour eux une première expérience de l'orchestre à un effectif aussi important. Comme d'ailleurs pour Céleste, la benjamine. Altiste, malgré ses 14 ans, elle devra bientôt choisir sa voie si elle veut devenir professionnelle. 

"C’est un réel projet d’orchestre, je n’ai jamais fait de l’orchestre symphonique aussi sérieusement. Pendant une semaine, on  a des répétitions, des partiels, on a l’occasion de rencontrer de nouveaux professeurs, de nouvelles façons de travailler, on tient le coup mais c’est assez fatiguant." 

Du coté allemand, les témoignages sont plus nuancés. La trompettiste Elisabeth, 18 ans, est à sa deuxième participation au projet, mais malgré son niveau, elle ne souhaite pas faire de la musique son métier. 

"Je joue dans le Landesjugendorchester Berlin depuis plusieurs années déjà. J'ai plutôt l'habitude des grandes formations, d'autant plus qu'en Allemagne nous avons l'occasion de jouer dans beaucoup d'orchestres au cours de notre parcours. Je vais continuer à jouer à un très haut niveau, mais la musique restera pour moi un loisir."

Même son de cloche pour le violoncelliste berlinois Moritz, 18 ans, qui n'est pas non plus à sa première participation au projet : " Avant mon année de Baccalauréat, j'ai fait partie de trois orchestres différents en même temps et j'avais plusieurs répétitions d'orchestre par semaine. Les opportunités sont nombreuses, notamment grâce à de nombreux orchestres amateurs," raconte le jeune musicien.

Et si les jeunes musiciens suivent sensiblement la même formation à l'instrument, nous a expliqué le chef Michaël Cousteau, la grande différence dans leur parcours est la place qu'occupe la pratique orchestrale, moins développée en France. 

"Dans notre pays on forme des solistes. Devenir musicien d'orchestre avait pendant longtemps une image négative. Cela change heureusement. N'empêche que la moyenne d’âge dans les Landesjugendorkester (orchestres régionaux des jeunes) est de 16 ans. La moyenne d’âge chez nous pour un niveau comparable et aussi d’autonomie à l’instrument, est plutôt de 18, 19 ans. Parce qu’en Allemagne, faire de la musique c’est d’un tel naturel. Dans un seul Land en Allemagne il y a plus d’orchestres que dans toute la France réunie. Donc pour eux, on fait de la musique, on fait de l’orchestre, on consacre les semaines entières à faire de la musique même sans vouloir devenir professionnel…cela ne leur pose aucun problème. Si on pouvait en France un peu s'inspirer de cela !»

Si le projet de l’orchestre des jeunes versaillais et berlinois s’arrête pour cette année avec un concert à Potsdam ce soir, il a fait des petits, nous a confié Michaël Cousteau. D’autres orchestres binationaux sont déjà en préparation entre plusieurs villes françaises et orchestres régionaux des jeunes allemands.

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