Reportage
Entretien
Vendredi 8 octobre 2021
3 min

La guerre des ondes, la radio comme arme pendant la Seconde Guerre mondiale

Londres, Paris, Vichy : les trois radios se sont livré une véritable guerre des ondes entre 1940 et 1944, objet d'une passionnante exposition au musée de l'Ordre de la Libération, à Paris.

La guerre des ondes, la radio comme arme pendant la Seconde Guerre mondiale
Famille française autour d’un poste de radio en février 1941., © BNF

« Demain comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres » c'est avec ces mots que le général de Gaulle clôt, le 18 juin 1940, son célèbre appel aux Français à poursuivre le combat contre l'Allemagne. Si l'appel fut peu entendu au moment de sa diffusion, Radio-Londres et ses émissions, Les Français parlent aux Français et Honneur et Patrie, eurent un rôle primordial pendant toute la Seconde Guerre mondiale. C'est par les micros de la BBC que partent les messages codés à destination des résistants : « les carottes sont cuites », « le crocodile a la pépie » ou encore les célèbres vers de Verlaine, « le sanglot long des violons... » qui annoncent l’imminence du débarquement en Normandie.   

Parfaitement conscients du risque que représente un tel moyen de communication, présent dans près de 6 millions de foyers français à l'époque, les Allemands projettent d'abord d'en interdire la diffusion comme la réception. Finalement, la confiscation des postes se limitera aux populations juives, et la radio sera utilisée comme une arme de propagande.   

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Dès les premières heures du conflit, c'est donc une véritable guerre des ondes qui oppose la BBC à Radio-Paris, contrôlée par les Allemands et Radio Vichy, pétainiste. La radio se fait organe d'information et de désinformation, mais aussi de divertissement. A Paris, les Allemands « appliquent leur expérience de la manipulation de masse » explique Lionel Dardenne, commissaire de l'exposition qui se déroule jusqu'au 2 janvier au musée de l'Ordre de la Libération, à Paris. « Dans le divertissement, il y a beaucoup de musique, beaucoup de sketchs aussi, d'humour. Il faut bien s'imaginer que le fascisme, ce n'est pas que la contrainte et la répression, c'est la séduction aussi... ».

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Musique et propagande 

Et de fait, pour séduire, Radio-Paris est prête à tout, y compris diffuser à son antenne des musiciens jugés indésirables par l'occupant nazi, comme le guitariste tzigane Django Reinhardt ou des artistes de jazz. « Les Allemands renoncent très vite à imposer de la musique allemande, souligne Lionel Dardenne. On pouvait écouter Radio-Paris sans avoir l'impression d'écouter une radio d'occupation, la programmation musicale était d'une extrême diversité, elle était laissée libre ».  

Plus les programmes plaisent, et plus les auditeurs laissent leurs postes allumés pendant les discours de propagande. Et quand celle-ci n'est pas véhiculée par le milicien Philippe Henriot, la « voix d'or » de Radio-Paris, ou par les discours d'Adolf Hitler, elle l'est par les sketchs humoristiques, qui parodient la BBC « Bobards et Bourrage de Crâne » ou se moquent des Alliés.     

Ces derniers ne sont d'ailleurs pas en reste. En octobre 1943, ils installent Pierre Dac derrière le micro des Français parlent aux Français. Le fondateur du journal satyrique L'Os à moelle chante « Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l'air de la Cucaracha, s'attaque à Maurice Chevalier sur l'air de « Et tout ça, ça fait » et à Hitler sur l'air de « Prosper Yop la Boum! ».

Maurice Van Moppès, Chansons de la BBC illustrées par l’auteur, 1944
Maurice Van Moppès, Chansons de la BBC illustrées par l’auteur, 1944, © Musée de l'Ordre de la Libération

Paris et Londres se répondent directement par la voie des ondes. La première, par la voix de l'antisémite Philippe Henriot, attaque le « fils de Salomon » Pierre Dac, qui « ne peut rien connaître de la France ». Ce dernier répond que sur la tombe de son frère Marcel figure l'inscription "Mort pour la France à l'âge de 28 ans" et ajoute : 

« Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription. Elle sera ainsi libellée : Philippe Henriot mort pour Hitler, fusillé par les Français ».  

Philippe Henriot meurt un mois plus tard, en juin 1944, abattu par un commando de résistants.

La guerre des ondes. Londres, Paris, Vichy (1940 - 1944), exposition jusqu'au 2 janvier 2022 au Musée de l'Ordre de la Libération (Paris).

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