Reportage
Entretien
Mardi 5 octobre 2021
3 min

Le spectacle "Persées" donne corps aux témoignages de personnes exilées

Il y a un an, la metteuse en scène Alexandra Lacroix présentait son spectacle "Persées" dans le parc Chapelle Charbon, dans le 18e arrondissement de Paris. Construit autour de récits de personnes exilées, venues d’Iran et d’Afghanistan, il est aujourd’hui en tournée et a évolué face à l’actualité.

Le spectacle "Persées" donne corps aux témoignages de personnes exilées
Persées, © Pascal Gély

Dans la salle de spectacle, le Gymnase, de Mains d’Œuvres, à Saint-Ouen, les récits de réfugiés iraniens et afghans résonnent au travers de la voix et du corps de la comédienne Mina Kavani. Nous avons découvert la création de Persées, il y a un an. L'œuvre était alors présentée dans un parc. Depuis, les talibans sont arrivés à Kaboul et beaucoup d’afghans ont fui leur pays. Une actualité qui a forcément modifié le spectacle, nous explique sa metteuse en scène, Alexandra Lacroix. « Alors évidemment, je ne pouvais pas passer à côté. Ce n’était absolument pas prévu et ça a été un coup dur de vivre ça en août, et d’envisager cette création juste après ces évènements. Je devais modifier aussi un peu la mise en scène, introduire cette actualité, et en même temps ne pas avoir l’air d'en bénéficier, d'en profiter. Donc il fallait trouver ce juste équilibre pour ne pas nier cette actualité, sans chercher à en tirer profit »

Ainsi, au spectacle où les témoignages sont mis en perspective avec les Mélodies Persanes de Camille Saint-Saëns, un récit a été ajouté. Celui d’une jeune mairesse afghane de 27 ans, qui a été contrainte de partir après l’assassinat de son père. « C’est une histoire qui m’a beaucoup touchée, parce que c’est une femme qui était très engagée, qui a une force absolument incroyable, qui a beaucoup agi ces dernières années. Et comme pour beaucoup d’Afghans de son âge, qui ont vécu des années où ils ont pu avoir de l’espoir, c’était extrêmement violent. Et malgré sa décision de rester, de soutenir les gens qui l’entourent, il a fallu qu’elle parte. »

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« Comment saluer après avoir raconté des témoignages vrais ? »

C’est la véritable voix, de Zarifa Ghafari que l’on entend. Les autres témoignages, celui d’une mannequin iranienne ou d’un journaliste torturés, sont donc interprétés par Mina Kavani, qui fut elle-même contrainte de quitter l’Iran il y a 8 ans, en raison de son métier de comédienne. Livrer de telles paroles sur scène ne la laisse pas indifférente : « J’avoue que c’est étrange. Déjà le salut c’est difficile, je ne vois pourquoi je viens faire le salut alors que je viens de raconter des témoignages vrais, de gens vrais. C’est pas évident d’entrer dans un rapport de théâtre après ça ».

« Ce rôle dépasse ma vie d'actrice, c'est celui de mon engagement personnel », conclut l’artiste. Un spectacle qui est donc à voir, avec le ténor François Rougier, et Pierre Pradier à la guitare électrique, jusqu’au 19 décembre 2021, dans plusieurs villes de France.

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