Reportage
Entretien
Lundi 20 septembre 2021
3 min

George Enesco, le compositeur mal aimé ?

A partir de ce soir, l’Opéra de Paris présente Œdipe, tragédie lyrique d'Enesco créée en 1936, à l’Opéra Garnier. A Bucarest, le compositeur roumain est également célébré en ce moment, avec le Festival George Enescu. Mais pourquoi sa musique a-t-elle eu du mal à franchir les frontières ?

George Enesco, le compositeur mal aimé ?
Georges Enesco en 1930, © E. Joaillier, Paris

Elle était particulièrement attendue par plusieurs membres de l’équipe du Festival George Enescu, la Symphonie concertante Op.8 du compositeur roumain. Interprétée ce soir- là par l’Orchestre Philharmonique de Londres, elle fait partie des nombreuses œuvres d’Enesco programmées pendant le festival qui porte son nom. « Nous demandons aux orchestres et aux solistes de présenter une œuvre d’Enesco, et nous avons donc dans le programme 37 œuvres d’Enesco qui sont présentées. On a discuté avec les artistes pour savoir quelles étaient les meilleures œuvres à jouer dans le festival. Et c’est bien d’avoir ses symphonies, ses suites, ses concertos, parce que c’est le festival Enesco ! », explique son directeur, Mihai Constantinescu.

Le symbole de la Roumanie

A Bucarest, une statue à l’effigie du compositeur orne la principale avenue de la ville et le Palais Cantacuzène abrite quant à lui un musée qui lui est dédié. Nous avons demandé à Marianna Petrescu, chargée de communication du lieu, ce que représente ce compositeur pour le pays : « C’est très simple et très compliqué à la fois. Enesco est à mon avis le symbole de la Roumanie, c’est une personnalité puissante, moderne, la personnalité du 21e siècle la plus importante ici ».

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Né en 1881 en Moldavie, Enesco a terminé ses jours en France, à Paris. Mais s’il est resté très célèbre dans son pays d’origine, son œuvre est restée pendant longtemps peu jouée à l’étranger. Pour des raisons politiques notamment : « C’était un sorte d’interdiction de l’époque. Enescu ne devait pas être joué par les roumains. C’était l’époque communiste, avant les années 80. Et puis, peu à peu, on a commencé à s’ouvrir, à donner accès, à être heureux que les interprètes et les orchestres étrangers jouent Enescu »

Des annotations, des signes et des quadruples-croches dans tous les sens 

Dans sa musique, on retrouve le folklore roumain, des influences classiques, romantiques, de la musique française, lui qui a étudié avec Massenet ou encore Fauré. Le chef Frédéric Chaslin raconte avoir toujours aimé la liberté du compositeur, sa fantaisie, qui, sur partition, peut effrayer au premier abord : « Moi j’ai fait son opéra _Œdipe_, c’est des notes dans tous les sens ! Et ses sonates, sa 3e sonate c’est pareil, quand j’ai mis ça pour la première fois sur mon pupitre, j’ai crié au secours, je voyais tellement de signes, des quadruples croches, avec des choses qui se croisaient. Je me suis dit que ça n’existait pas ce genre de chose ! Et puis en fin de compte, quand on a compris le système, c’est pas si compliqué. C’est un monde à part, avec tout le folklore roumain qu’il a transcrit, commeBartókmais de façon plus fantaisiste, c’était un Bartók plus fou disons. »

Etant visionnaire, Enescu n’a pas écrit pour son temps, mais pour le nôtre, nous ont dit plusieurs interlocuteurs roumains, citant son élève, le violoniste Yehudi Menuhin « C’était le compositeur du 21e siècle ». Pas étonnant donc, que ce soit aujourd'hui de jeunes interprètes, pour la plupart, qui s’en emparent. 

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