Reportage
Entretien
Samedi 27 février 2021
15 min

Des insectes en instruments de musique

Un bestiaire musical utopique, c’est ce que propose le collectif Tout/reste/à/faire avec son projet Anima (ex) Musica. Formé de trois artiste, il expose régulièrement d’impressionnants insectes fabriqués à partir d’instruments de musique hors d’usage.

Des insectes en instruments de musique
Megapomponia, © Tout/reste/à/faire

Une sauterelle fabriquée avec deux pianos, une araignée en mandoline et trompette, ou encore un cloporte en 28 tuyaux d’orgue. Avec son bestiaire, le collectif Tout/reste/à/faire offre une seconde vie aux instruments de musique qui ne sont plus utilisés, comme l'explique Mathieu Desailly, graphiste et plasticien. Il fabrique depuis 8 ans ces arthropodes utopiques : « On a constaté que bon nombre d’instruments de musique avaient terminé leur carrière musicale mais pas leur carrière esthétique. Et surtout on a constaté en discutant avec les conservatoires, qu’un instrument, quand il faut le remplacer, ça coûte plus cher de le réparer que d’en acheter un neuf. Le projet est un concours de plein de circonstances mais un de ses fondements même c’est de se dire "qu’est ce qu’on peut faire à partir d’une carcasse de d’instrument et qu’est ce qu’on pourrait lui donner comme nouvelle vie et nouvelle fonction ?"». 

Un piano, un harmonium, un violoncelle et un métronome se voient ainsi transformés en corps, en pattes, en antenne de punaise. Ce projet permet de croiser deux mondes différent, l’entomologie, l’étude des insectes, et l’organologie, celle des instruments. Et de mettre en lumière une double invisibilité : « Quand nous fabriquons à partir d’un intérieur de piano ou d’un harmonium, bien souvent les gens ne reconnaissent pas ou ne savent pas de quoi on parle, et donc quand on parle de montrer cette invisibilité double c’est qu’effectivement il y a bon nombre d’espèces d’insectes inconnues du grand public, il en va de même pour de quoi sont fait les instruments de musique »

Au moyen de capteurs placés sur ces créations, ces dernières s’animent et produisent du son lorsque l’on s’y approche. C’est le  compositeur et producteur David Chalmin qui donne vie musicalement à ces insectes : « En général j’interviens dans la dernière phase du travail, c’est-à-dire que j’attends que l'insecte soit crée et animé, c'est la partie du scénographe _Vincent Gadras_, et au moment où il y a ce premier souffle de vie, en général on se parle, il m’envoie une vidéo où je peux voir le mouvement de l’insecte, et m’en inspirer pour lui redonner vie musicalement, avec une composition musicale. »

Le méloé
Le méloé, © Tout/reste/à/faire

Dans ces compositions, David Chalmin ne tente pas vraiment de reproduire le son des insectes : « On s’est toujours donné cette liberté de travailler de manière un peu plus abstraire et poétique. Je n'ai jamais, ni cherché à aller trop dans le son naturel d’insecte, ni dans l’instrumentarium utilisé pour sa fabrication, notamment parce qu'il y a des instruments qui sont un peu surreprésentés, comme le piano qui est un magnifique outil de construction. Donc au début on avait beaucoup d’éléments de piano et je ne voulais pas que toutes les pièces du bestiaire soient basées sur du piano. »

En présentant ainsi ces insectes mécaniques, le projet revêt bien évidemment un aspect écologique. « Quand nous avons démarré le projet, on parlait déjà des insectes à l’époque mais j’ai l’impression que ça s’amplifie chaque année, et que le problème de la disparition de bon nombre d’insectes inquiète au plus au point les scientifiques », déclare Mathieu Desailly. « Donc évidemment avec le projet on en profite un peu, surtout auprès du jeune public, pour faire écho à ça. S’ajoute à cela le fait de recycler, s’interroger sur les deuxièmes vies que peuvent avoir les objets.  J’ai été batterie pendant 20 ans et je deviens abdomen de méloé sur ma deuxième vie par exemple. »

Ces œuvres ont été installées au familistère de Guise. L’exposition est prévue jusqu’à fin avril. Espérons que les musées ouvrent d’ici là pour les découvrir. Fin mai, trois créations doivent être présentées au Musée d’Orsay dans le cadre de l’exposition L’origine du monde. 

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