Reportage
Entretien
Lundi 11 octobre 2021
3 min

De plus en plus de jeunes musiciens s'essaient à la direction

Qui sont ces musiciens virtuoses attirés par le métier de chef ? Et comment expliquer cet engouement pour la baguette ? Reportage.

De plus en plus de jeunes musiciens s'essaient à la direction
Il y a une semaine, Samy Rachid a remporté le deuxième prix au Concours de chef d'orchestre de Tokyo, © Tokyo International Music Competition

Faut-il avoir de longues années d'expérience et des cheveux grisonnants pour devenir chef d'orchestre ? Pas forcément, si l'on en croit la jeune génération de musiciens : ils sont de plus en plus nombreux à vouloir se laisser tenter par la direction, soit en parallèle de leur instrument, soit à temps plein. Décryptage d'un engouement.

"J'ai décidé de franchir le cap"

Samy Rachid, 28 ans, a le sourire de ceux qui sont convaincus d'avoir fait le bon choix. Il a troqué l'archet du violoncelle contre une baguette de chef d'orchestre, et fait ses adieux au Quatuor Arod, en janvier dernier. "On ne peut pas tout faire à haut niveau, et j'espère que ma vie en tant que chef m’apportera autant de joie et de bonheur que m’a procuré le quatuor", confie le jeune homme : "Le quatuor Arod a été une aventure folle pendant sept ans, mais qui a été très souvent entremêlée de fantasmes d’un jour peut-être de réaliser ce rêve qui était le mien. Avec la crise du Covid, toute l’activité a été stoppée, je me suis mis à réfléchir à ce que j’avais vraiment envie de faire. J’ai décidé de franchir le cap et de me lancer dans la direction d’orchestre."

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Épaulé par le chef Mathieu Herzog, Samy Rachid a franchi le cap franchi avec brio. Il y a une semaine, il a remporté le deuxième prix au Concours de chefs d'orchestre de Tokyo. "C’était vraiment un pari personnel. Me lancer si tôt dans ma reconversion dans un concours aussi prestigieux, c’était vraiment un challenge, pour voir un peu où je me situais, quelles étaient les choses sur lesquelles il fallait que je me concentre. C’est la découverte pour moi d’un nouveau monde fascinant." Sur les vidéos mises en ligne par le concours, on le voit manier la baguette avec une aisance épatante.

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Il m'a fallu quitter une certaine zone de confort, bien sûr que ça a été une décision mûrement réfléchie. Mais c’est toujours un saut vers l’inconnu, car on ne sait jamais quelle va être l’évolution une fois que l’on saute ce pas. Il faut savoir jour le tout pour le tout" - Samy Rachid

"On vit dans une société qui présente énormément d’opportunités. Beaucoup de chefs prennent sous leur aile de très jeunes musiciens. Je trouve cela formidable qu’il y ait une confiance accordée à la jeunesse et je pense que c’est de très bon augure pour l’évolution de la musique, en France et en Europe particulièrement", augure Samy Rachid.

Samy Rachid, 28 ans, se lance dans une carrière de chef d'orchestre
Samy Rachid, 28 ans, se lance dans une carrière de chef d'orchestre, © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Initiations à la baguette

Et sans vouloir forcément y consacrer tout leur temps, de plus en plus de jeunes musiciens s'essayent à la direction. C'est le cas de Nathalia Milstein, 26 ans. Début septembre, elle a participé à la Paris-Play-Direct Academy, une initiation au métier de chef. "J’ai eu l’occasion de m’essayer à la tâche grâce à ce projet de l’Orchestre de Chambre de Paris, mené par Steinway et cette année par le chef principal de l’orchestre,Lars Vogt. Il a invité son propre mentor, _Mark Stringer_. On était quatre pianistes débutant à avoir plusieurs sessions de répétitions avec l’orchestre de chambre", raconte la pianiste, qui a dirigé le 2e Concerto de Beethoven. 

De là à poursuivre ? "J’espère  que l’occasion se représentera, j’y pense. J’en ai parlé avec Lars Vogt après cette semaine-là, il m’a encouragé à y penser. C’est très enrichissant de comprendre comment ça marche. Peut-être que je prendrai des cours plus tard, je ne ferme pas cette porte-là. Je me dis que peut-être ce sera un très bel apprentissage à faire en parallèle du piano." 

Cet intérêt, je l’ai tard par rapport à d‘autres pianistes et musiciens autour de moi, j’ai l’impression. Beaucoup autour de moi prennent des cours ou s’y intéressent. L’occasion s’est présentée, ça m’a obligé de me lancer, et ça devient quelque chose de beaucoup plus concret" - Nathalia Milstein

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Le retour du musicien polyvalent

Fini l'hyper-spécialisation. Pour Nathalia Milstein, on revient en quelque sorte à l'éducation du début du XXe siècle, avec l'interprète qui devait savoir tout faire : diriger, improviser, composer. Victor Ouzounoff est corniste mais aussi chef d'orchestre, à 25 ans seulement. "J’aurais tendance à séparer le monde d’avant et le monde d’aujourd’hui. Dans le monde d’avant, il fallait avoir un bagage culturel et une grande habitude de la musique. On devenait chef après avoir déjà vécu quelque chose, il y avait des violons solo qui après 15 ans de métier se mettaient à la direction", décrit-il. "J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on a quitté un peu cette dimension-là. On est dans quelque chose de plus ouvert : le chef est celui qui va diriger, mais aussi regrouper les énergies. Le but est aussi de construire tous ensemble."

Le chef n’est plus quelqu’un qui est loin, il est aussi là pour expliquer ce qu’il fait. Les musiciens sont plus sensibilisés à la question du chef, et du coup, quand ils arrivent dans les études supérieures, sont peut-être plus tentés de s’initier" - Victor Ouzounoff

Arthur Escriva, trompettiste de 24 ans, a lui obtenu son prix de master au CNSM de Paris en juin, et s'est inscrit en mars dernier en option de direction, dans la classe de Ruth Schereiner : "C’est plus de l’initiation, pour découvrir ce qui se passe 15 mètres devant moi. En tant que trompettiste je suis souvent au fond de l’orchestre, à un moment j’ai eu envie de découvrir les mécanismes. C’est vraiment par pure curiosité : je ne pense pas avoir envie d’en faire mon métier, mais juste un peu avoir les rudiments, comprendre les mécanismes."

Je pense que c’est quelque chose que l’on doit penser dans le cursus de licence et de master pour tous les instrumentistes. Par seulement la direction, mais des choses qui nous fassent sortir un peu de notre instrument. Il faudrait que ce soit encouragé, que ce soit la direction, la composition ou l’improvisation" - Nathalia Milstein

Sans compter des modèles qui inspirent toute une nouvelle génération, remarque Samy Rachid. "Je pense que c’est le même processus que toute la génération de jeunes quatuors français qui a émergé suite auQuatuor Ébeneet avant ça auQuatuorYsaÿe", analyse-t-il :"On a la chance d’avoir en ce moment plusieurs grands chefs français qui brillent à travers le monde, commeFrançois-Xavier Rothet _Alain Altinoglu_, qui sont de grands ambassadeurs de la direction française. Ils entraînent malgré eux dans leur sillon beaucoup d’espoirs de jeunes musiciens français, qui souhaitent embrasser la même vocation qu’eux." On souhaite une carrière analogue à l'ex-violoncelliste. En tant cas, pour l'instant, son "pari personnel", comme il le nomme, est plus que réussi.

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