Reportage
Entretien
Jeudi 4 mars 2021
2 min

Dans les coulisses de l’atelier de lutherie Vatelot-Rampal

Alors que les musiciens ne peuvent plus donner de concerts comment ceux qui soignent leurs violons et les expertisaient à travers le monde vivent-ils cette étrange période ? Marjorie Bertin est allée à leur rencontre en se rendant à Paris dans l’atelier mythique Vatelot-Rampal.

 Dans les coulisses de l’atelier de lutherie Vatelot-Rampal
Jonathan Marolle, © Marjorie Bertin

L’atmosphère est calme chez Vatelot-Rampal, le plus ancien luthier de Paris. Et pourtant, en ce matin, l’atelier est bien actif. Le luthier et associé de la maison, Jonathan Marolle, qui d’habitude parcourt le monde pour expertiser des violons, a retrouvé, avec une assiduité et une passion intacte, le chemin de l’atelier. Les musiciens sont moins nombreux à franchir ce seuil mais ce temps suspendu est aussi l’opportunité d’exhumer des trésors. 

« On fait des choses qui étaient en attente depuis des années, on ressort des placards des vieux instruments. Ce sont des instruments qui la plupart du temps prennent un peu la poussière et dont on se dit "quand j’aurais du temps je le restaurerai pour pouvoir éventuellement le vendre" toujours en repoussant l’échéance parce qu’on est occupé au jour le jour, » raconte Jonathan Marolle. Il ajoute, « on doit s’occuper des musiciens qui viennent faire régler ou restaurer leurs instruments, des choses plus urgentes »

Une activité touchée par la crise sanitaire

Quelques particuliers sortent aussi des instruments de leurs placards et demandent à l’atelier de les restaurer. Mais globalement, l’activité de Vatelot-Rampal est très impactée par le covid 19. « Les musiciens ne jouent pas donc ils n’ont pas besoin de faire régler leurs instruments, ils n’ont pas besoin de changer leurs cordes, ils n’ont pas besoin de faire re-mécher leurs archets. Pour tout luthier qui a une activité à peu près normale à savoir de restauration et de réparation des instruments, c’est catastrophique. »

L’atelier Vatelot-Rampal fait également beaucoup d’expertises, « on délivre des certificats d’authenticité, et notamment beaucoup à l’internationale. Donc notre activité a baissé de manière assez importante. On ne peut pas vraiment faire d’expertise à distance. Tant que les conditions d’échanges internationaux de voyageurs ne seront pas revenues à une activité normale, ça sera un peu difficile ».

Un métier à l’écoute des musiciens 

Il n’y a pas de demandes vraiment atypiques. Pour le moment, aucun musicien n’a demandé s’il était possible de transformer son instrument pour l’adapter au virtuel. Personne non plus n’est venu chercher d’informations pour se former à la lutherie. 

Mais les luthiers ne s’occupent pas seulement des âmes des violons. Ils sont aussi très proches des musiciens qu’ils accompagnent toute leur carrière. « Ce n’est pas seulement un p’tit gars derrière son établi qui gratte un bout de bois. C’est peut-être aussi un confident. On est là pour essayer de les aider le plus possible et les accompagner. Pas forcément en prenant soin de leurs instruments mais en essayant, psychiquement de les rassurer, en leur disant qu’il faut tenir le coup et que cette situation va finir par s’améliorer. »

Alors chez Vatelot-Rampal on attend avec impatience la réouverture des salles et des festivals. Il faut dire que depuis sa fondation en 1909, la maison en a vu d’autres, « j’ai souvent entendu Monsieur Vatelot parler de la période qu’il a connu, la Deuxième Guerre Mondiale et l’immédiate après-guerre. Il n’y avait plus d’activité musicale et ça nous paraissait complètement dingue ! Et c’est ce qu’on est en train de vivre actuellement depuis un an. Il ne faudrait pas que cette situation s’éternise encore une année. Il faut qu’on reprenne le plus vite possible une activité normale. » 

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