Reportage
Entretien
Mardi 13 avril 2021
2 min

Dans l’ombre d’un organiste, les seuls musiciens autorisés à jouer en public en France

Les organistes des édifices religieux sont les seuls musiciens à pouvoir jouer en public en France, dans le cadre des célébrations liturgiques. Leur public habituel, les fidèles des offices, s’étend-il depuis la pandémie ? Marjorie Bertin a rencontré l’organiste de la Basilique de Saint-Denis.

Dans l’ombre d’un organiste, les seuls musiciens autorisés à jouer en public en France
Certains amateurs de musique profitent des célébrations liturgiques pour venir écouter les organistes, © Getty / Zave Smith

Comme chaque dimanche matin, les fidèles de la ville de Saint-Denis se pressent pour assister à la messe. La foule est nombreuse. La Basilique cathédrale accueille autant de monde qu’elle peut en contenir avec le respect des gestes barrière. Environ 300 personnes contre 1000 habituellement. L’organiste titulaire des grandes orgues de la Basilique, Quentin Guérillot, 28 ans, est fidèle au poste, comme tous ses confrères. « Il y a bien sûr un certain nombre de professionnels mais on oublie aussi souvent qu’il y a plein d’organistes amateurs qui se dévouent, la plupart du temps bénévolement, que l’on trouve partout en France. Il y en a vraiment des milliers. Je ne saurais pas dire exactement combien il y a d’orgues en France mais je sais qu’en Alsace, ma région natale, il y en a 1400. C’est l’une des régions d’Europe où il y a le plus d’orgues, si ce n’est la région d’Europe où il y a le plus d’orgues. Donc si l’on extrapole sur toute la France il doit y avoir au moins une demi-douzaine de milliers d’orgues qui doivent être en activité avec des organistes les dimanches pour l’office. » 

« Dans notre chorale, il y a des personnes très mélomanes qui sont absolument ravies d’entendre l’orgue »

Pour l’instant, Quentin Guérillot et ses confrères ne peuvent jouer à l’extérieur des édifices religieux. Mais certains amateurs de musique profitent des célébrations liturgiques pour venir les écouter. « Quand je termine la messe, le temps que je ferme l’orgue, que je descende les soixante-dix marches, que j’arrive en bas, beaucoup de monde est parti. Mais il est vrai qu’une ou deux fois il m’est arrivé de rencontrer des gens qui viennent un petit peu en vue de la situation actuelle. Cela leur permet d’assister à la messe, ça leur permet d’un petit peu rencontrer du monde, ça leur permet de sortir. Et puis notamment dans notre chorale, il y a des personnes très mélomanes, absolument ravies d’entendre l’orgue, qui me demandent ce que je joue, qui commentent d’ailleurs mes improvisations, mes pièces ! C’est très plaisant. Je ne peux pas dire évidemment si c’est la raison première pour laquelle ils viennent à la messe mais je pense que cela fait partie des choses qu’ils aiment retrouver à la messe. 

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Selon Quentin Guérillot la pandémie n’a pas généré de fracture générationnelle à la Basilique cathédrale de Saint-Denis. Les fidèles sont de tous les âges, même s’ils sont moins nombreux en raison de la limitation des capacités d’accueil. Plein d’optimisme, Quentin Guérillot est certain que la fin de la Covid-19 changera positivement le rapport du public aux concerts. « Je pense qu’il peut vraiment y avoir des choses très bénéfiques qui peuvent sortir de ce genre de situations terribles. Je me souviens avoir joué quelques concerts cet été après le premier confinement et après trois mois sans culture, j’avais déjà remarqué un véritable changement d’état d’esprit des gens. Chaque concert devenait une fête. Je suis certain qu’on va retrouver ça après le confinement. Et je m’en réjouis. »

En attendant de retrouver pleinement le public, Quentin Guérillot répète énormément et joue tous les dimanches, conscient de sa chance et des limites des captations et des disques, qui, selon lui permettent de maintenir un lien précieux avec le public mais ne le remplaceront jamais. 

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