Reportage
Entretien
Samedi 27 mars 2021
15 min

Au Printemps des Arts de Monte-Carlo, les artistes retrouvent le public

A Monaco, jusqu’au 11 avril, se tient le Printemps des Arts de Monte-Carlo. Au sein de la principauté les manifestations culturelles peuvent accueillir du public, l’occasion pour les artistes programmés de retrouver les spectateurs. Nous avons recueilli leurs impressions.

Au Printemps des Arts de Monte-Carlo, les artistes retrouvent le public
Snow on her Lips de Sebastian Rivas au Sporting de Monte-Carlo, © Alice Blangero

Ce sont quelques phrases qui nous ont manquées, et qui manquent encore aujourd’hui au public français. Nous sommes ici au Sporting de Monte-Carlo pour la création de Snow on her lips de Sebastian Rivas. C’est la première fois que cette pièce rencontre du public et la première fois aussi depuis longtemps que le compositeur retrouve une salle dont les sièges sont occupés. Ce qui a fait naître en lui de nombreuses émotions : « Tout d’abord la peur, comme toujours quand on crée quelque chose. Il faut dire que le projet fait intervenir un téléphone portable, avec une captation de visage, quatre ordinateurs pour la vidéo, le son, donc techniquement ça peut être un peu risqué. Mais surtout la joie de voir la salle se remplir, entendre ces bruits de gens, ces odeurs qui rentrent et puis la proximité des gens, l’odeur de la sueur des performeurs. C’est tout ce qui nous manque en fait, ça décuple nos émotions. »

Le lendemain, Bertrand Chamayou donnait un récital Liszt, l’intégrale des Années de Pèlerinage, à l’Opéra de Monte Carlo. La semaine précédente, en Espagne, il avait déjà pu donner un concert en public, en duo avec la violoncelliste Sol Gabetta. L’occasion de retrouver tout ce qui lui avait manqué : « Déjà le bruit moi j’aime bien. Alors les gens ne toussent plus du tout, parce que dès que quelqu’un tousse tout le monde le suspecte d’avoir le Covid, et je ne saurais pas dire si c’est agréable ou pas. Moi je ne suis pas un ayatollah du silence absolu dans la salle, j'aime bien que ça vive un peu, les programmes qui tombent ça m’amuse plutôt. Alors évidemment les applaudissements ça nourrit énormément, sentir la joie des gens. Enfin tout ce qui permet d’interagir avec eux ». 

« J’étais très étonnée de voir que mon rapport avec la scène et le public avait un peu changé »

Beatrice Berrut a également interprété du Liszt ce même weekend. Le compositeur est à l’honneur cette année au Printemps des Arts. La dernière fois que la pianiste s’est produite devant un public c’était fin octobre, en Allemagne. Et en retrouvant les spectateurs, la pianiste a réalisé ce que cette période lui avait apporté : « J’étais très étonnée de voir que mon rapport avec la scène et le public avait un peu changé durant ces cinq derniers mois. Parce que j’ai travaillé quasiment uniquement pour la beauté du geste, par amour de la musique et puis en fait, ça a crée une forme d’intimité tellement forte avec la musique que j’ai l’impression qu’il n’y a plus rien qui se mettait entre elle et moi. Et ça a fait émaner un sentiment de confiance et de proximité que j’avais rarement eu avec la musique avant, sur scène ». 

Mais en raison des mesures prises par le gouvernement français et le troisième confinement qui touche les Alpes Maritimes seuls les monégasques et les personnes habitant dans un rayon de dix kilomètres peuvent assister aux concerts. Ce qui a fait des déçus, nous explique Marc Monnet, directeur du festival. Nous lui avons demandé si certains avaient tout de même essayé de demander des dérogations : « C’est évident qu’on a eu des réactions de gens frustrés, puisque nous avons 60% de notre public habituellement qui est français et italien aussi, et les italiens c’est pareil, ils ne peuvent pas venir en France. C’est vrai qu’il y a eu des demandes de ce type, qu’on ne peut pas faire, parce qu’on ne peut pas faire de faux. Mais par contre, ce qu’on a constaté, et ça a été encore le cas aujourd’hui, c'est qu'il y’a des Français qui ont réussi à venir, qui se sont vraiment entêtés et je ne sais pas comment ils ont passé les contrôles, mais ils sont venus. »

Et ceux qui sont venus ont acclamé les musiciens présents. Ils ont pu profiter des moments impossibles à vivre avec le streaming, comme les bis. Beatrice Berrut a ainsi offert au public en fin de concert, une Sicilienne de Bach.

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