Reportage
Entretien
Lundi 22 novembre 2021
3 min

À La Paz, un ensemble de musique ancienne fait revivre un mystérieux manuscrit

Au cœur de l'altiplano bolivien, les musiciens de l'ensemble Sincretó préparent un festival pour faire découvrir une rareté : un manuscrit du XVIIe siècle longtemps tombé dans l'oubli. Un reportage de Suzanne Gervais.

À La Paz, un ensemble de musique ancienne fait revivre un mystérieux manuscrit
L'Ensemble baroque Sincreticò, © Baudouin Jousset

Ce matin-là, ils ont quitté la capitale en minibus, aux premières lueurs du jour, pour aller répéter dans l'église du village de Calamarca, à 50 kilomètres de La Paz et à quelques 4200 mètres d'altitude.

Le gambiste Eduardo Quintela est le chef de ce jeune ensemble de sept musiciens, né en 2017, et fait remarquer que l'instrumentarium baroque est très présent dans les nombreuses églises franciscaines de la région : "Ici sur l'altiplano, dans les églises les plus anciennes, il y a des fresques où l'on voit des anges jouer de la viole de gambe, du violon et d'autres instruments." Théorbe, viole de gambe, violons, guitare andine… Les instruments de l'ensemble ont tous été construits par des luthiers de l'altiplano d'après les fresques des églises, avec des bois locaux, ce qui leur donne une couleur bien particulière.

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Faire vivre la tradition musicale de la région

"Notre souhait était de mettre en pratique les recherches sur les ensembles itinérants de musiciens qui sillonnaient les routes commerciales de l'altiplano à l'époque baroque, composant et interprétant des œuvres pour différentes célébrations religieuses et fêtes patronales, explique Eduardo Quintela. Ces musiciens allaient de population en population, de village en village."

Et justement, le festival qui se prépare dans l'église de Calamarca est consacré à un manuscrit de neuf livres de musique sacrée, composés par les musiciens indigènes Moseten à la fin du XVIIe siècle. Andrea Benavides est violoniste au sein de l'ensemble, elle a fait ses études au conservatoire de Strasbourg. Pour elle, ces pages baroques ont un caractère décidément très bolivien : "Ce qu'on sent, quand on joue, c'est que la musique de cette recherche ressemble beaucoup à la musique traditionnelle de notre temps. On se sent bien à l'aise en jouant parce que c'est notre musique, on le sent dans le son, on le sent quand on le joue, c'est très naturel pour nous de jouer ce genre de chose qui existe depuis très longtemps."

Rechercher et restituer

Le nouveau festival que l'ensemble prépare s'inscrit dans une démarche de sauvegarde et de restitution du patrimoine musical des communautés indigènes converties au catholicisme après la conquête espagnole. Un exemple de métissage des cultures et des traditions, et un patrimoine qui reste encore à redécouvrir, comme le souligne Eduardo Quintela : "Toutes ces archives sont en péril et courent le risque de disparaître pour toujours de la mémoire. Il est primordial de les récupérer, de les interpréter à nouveau, de les revaloriser. En ce qui me concerne, je suis très heureux de travailler à retrouver notre héritage."

Ensemble, académies et festivals : la musique baroque connaît un véritable engouement dans tout le pays, de l'altiplano à l'Amazonie. Le public bolivien a donc rendez-vous le 8 décembre pour découvrir quelques-unes des pages de ce manuscrit du XVIIe, témoignage précieux du style baroque bolivien.

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