Reportage
Entretien
Lundi 29 novembre 2021
3 min

Au Brésil, le Bolchoï déniche et forme de nouveaux talents

Au sud du Brésil, l'école du Bolshoï Joinville est la seule réplique au monde de la célèbre formation de danse classique russe. Des élèves brésiliens et sud américains de toutes origines sociales y font leur scolarité. Un reportage de Clawdia Prolongeau.

Au Brésil, le Bolchoï déniche et forme de nouveaux talents
Le Gala de l'Ecole du Bolchoï au Brésil, © Vanderleia Macalossi

Les lumières s'éteignent, la musique commence, et pour la première fois depuis le début de la pandémie, la compagnie des jeunes de l'école du Bolchoï Brésil apparaît au public. Sur la scène, les jeunes danseurs sont tout juste diplômés de cette école de danse, la seule au monde en dehors de Russie à proposer la même formation que celle du célèbre théâtre moscovite.

D'immenses sourires illuminent les visages des spectateurs. Parmi eux, la mère de Giulia regarde sa fille avec admiration et se remémore le très long chemin parcouru pour en arriver là : « Malheureusement mon mari m'a abandonnée avec mes deux enfants quand ils étaient bébés et je me suis dit que si je ne courais pas après le rêve de ma fille qui allait le faire ? Alors j'ai complètement changé de vie ».

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En 2014, après une audition brillamment réussie par sa fille, Valéria prend la décision de tout quitter pour venir s'installer ici, à 3 500km de son Nordeste natal. « Au début c'était très difficile, mais chaque fois que Giulia rentrait à la maison, tellement fatiguée mais avec des étoiles dans les yeux, je savais que j'avais fait le bon choix. Et aujourd'hui je me dis que tous ses sacrifices valaient la peine ».

Contrairement à la plupart des élèves, qui entament leur scolarité entre 6 et 11 ans, Giulia a intégré l'école quand elle en avait 15. Un sort réservé à ceux chez qui les professeurs décèlent un talent particulier. Et une chance immense pour cette jeune fille qui a toujours aimé danser mais que la situation précaire empêchait de prendre des cours. Alors de là à en faire sa carrière, Giulia n'aurait même pas osé en rêver. « Ma vie serait sans doute beaucoup plus difficile si je n'étais pas entrée dans cette école. Je continuerai à danser comme depuis toute petite mais probablement que je n'aurais pas pu en faire mon métier et j'ai vraiment du mal à imaginer ce que je serai aujourd'hui si je n'étais pas venue ici. »

La volonté d'un homme

Si le Bolchoï offre une déclinaison ici, dans le riche sud-est brésilien, c'est grâce à Luiz Henrique da Silveira, personnage emblématique de la région et homme politique d'envergure qui fut tour à tour député, gouverneur de l'état de Santa Catarina et maire de Joinville.

Passionné de musique et de danse, et après avoir vu le Bolchoï se produire dans sa ville à l'occasion d'une tournée, il lance l'idée d'y créer une déclinaison de la célèbre formation classique russe. C'est ainsi qu'en 2000, la toute première promotion de l'école du théâtre Bolshoï au Brésil voit le jour, avec immédiatement, une visée sociale. Car aucun élève ne doit avancer de frais, tout, des chaussons au logement en passant par les repas, est entièrement financé par l'Etat et les nombreux mécènes. « On sait qu'au Brésil les inégalités sont très importantes donc cette école a beaucoup de sens car elle permet aux familles les plus pauvres de bénéficier de son enseignement de qualité, détaille le directeur, Pavel Kazarian. Et c'est aussi une réelle opportunité pour les enfants qui rentrent ici d'avoir une meilleur vie grâce à leur talent et leurs efforts. D'ailleurs, chaque année le nombre de candidats augmente et pour nous cela démontre qu'une école comme cela ici, c'est une véritable nécessité. »

La même formation qu'en Russie

En tout, 214 élèves âgés 6 à 19 ans, suivent actuellement la même méthodologie que les élèves de l'école du Bolchoï en Russie. En six ans, le Boshoï Joinville fait d'eux des danseurs classiques employables (et dans 75% des cas employés), maîtrisant parfaitement l'art du ballet mais aussi les danses brésiliennes. « Il y a quelques adaptations culturelles, précise Maikon Golini qui a été élève dans la première promotion avant de devenir professeur ici. Les enfants étudient des danses brésiliennes qui ne sont bien entendu pas étudiées en Russies puisque les élèves là-bas étudient les danses russes. Mais j'ai eu l'occasion de faire trois échanges au théâtre du Bolshoï de Moscou et j'ai pu constater que la qualité de l'enseignement ici est équivalente. Les corps des danseurs en revanche sont différents. En Russie ils sont longilignes et ont les mêmes caractéristiques. Ici au Brésil, il y a plus de mixité, de métissage entre les corps et ce qui me semble très intéressant c'est que je trouve les danseurs brésiliens plus charismatiques et bien plus expressifs dans leur danse. »

L'école a déjà formé 394 danseurs dont 99 travaillent aujourd'hui à l'extérieur du Brésil et trois spécifiquement dans la troupe du Bolchoï en Russie.

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