Quel scandale !
Programmation musicale
Dimanche 25 juillet 2021
58 min

L’Amérique contre Adams

En octobre 2014 à New York, des policiers et un hélicoptère encadrent des centaines de manifestants qui hurlent leur colère devant le Metropolitan Opera. La Mort de Klinghoffer, un opéra de John Adams qui vient d’être repris sur la scène de l’institution américaine, est jugé antisémite...

L’Amérique contre Adams
L'Opéra de John Adams, La Mort de Klinghoffer, a indigné de nombreux spectateurs qui sont venus manifester leur colère devant les portes du MET de New York, © AFP / Bryan Thomas

En octobre 1985, un commando palestinien a pris en otage les passagers du bateau Achille Lauro, lors d’une croisière en Egypte. Leon Klinghoffer, un américain paraplégique fut froidement abattu d’une balle dans la tête parce que juif et son cadavre, jeté par-dessus bord avec son fauteuil roulant, ne fût jamais retrouvé.  
Cinq ans plus tard, John Adams et la poétesse Alice Goodmann s’emparent de ce drame pour en faire un opéra, qui résonnera sur fond de conflit israélo-palestinien. L’idée leur a été soufflée par leur complice, le metteur en scène Peter Sellars, connu pour son engagement social et politique. Et de fait, la Mort de Klinghoffer dépasse le sort du malheureux otage américain : Alice Goodmann y évoque le destin des juifs et des palestiniens, le massacre de Sabra et Chatila et la création d’Israël. 

La première mondiale de la Mort de Klinghoffer a lieu en Europe au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles le 19 mars 1991. Le public reste assez indifférent face à cette création. Puis l’œuvre est donnée à l’Opéra de Lyon avant d’atteindre New York le 5 septembre 1991. C’est alors que le premier scandale éclate... 

"C'est l'oeuvre contemporaine la plus forte de ces 25 dernières années" Peter Gelb, directeur du MET

Les critiques pleuvent de tous les côtés : "indigeste, confus, pontifiant". Puis le mot est lâché : "antisémite". John Adams ne peut que répéter qu'il n'a pas pris parti, que La Mort de Klinghoffer est comme une longue méditation douloureuse, une œuvre quasiment religieuse inspirée des passions de Bach en dépit des scènes de violence, reflets de la réalité. En plaçant face à face juifs et palestiniens, il a fait très attention à respecter une stricte égalité de traitement. Devant la virulence des attaques, le Los Angeles Festival et le Festival de Glyndebourne annulent les représentations prévues.

Un an plus tard, en novembre 1992, l’Opéra de San Francisco retente l’expérience. C'est un succès auprès du public mais la presse s'enflamme à nouveau. L'histoire se répète : des groupes de pression et des manifestants accourent devant le théâtre. Boston renonce alors à reprendre l'ouvrage. Puis en 2014 au MET, les représentations sont maintenues, malgré une pression importante. En effet, on assiste à une véritable tempête médiatique. L’un des interprètes reçoit même des mails de menace...
Ironie du sort : lorsqu’une version filmée de l’opéra est présentée au Festival du Film palestinien, la Mort de Klinghoffer est accusée d'être indécente en raison du caractère anti-palestinien et pro-juif. Les mêmes critiques, mais venues du camp adverse cette fois...
Et encore aujourd'hui, le scandale reste plus vif que jamais. 

Programmation musicale

John Adams
The Death of Klinghoffer : Chœur des palestiniens exilés
Choeur du Royal Opera House
Orchestre de l'Opéra de Lyon
Direction, Kent Nagano
ELEKTRA

John Adams
Short Ride in a fast machine
Orchestre symphonique de la ville de Birmingham
Direction, Simon Rattle
EMI

John Adams
The Death of Klinghoffer : Aria of the falling body
Orchestre de l'Opéra de Lyon  
Direction, Kent Nagano  
ELEKTRA

John Adams
The Death of Klinghoffer : Is not the night
Choeur du Royal Opera House  
Orchestre de l'Opéra de Lyon  
Direction, Kent Nagano  
ELEKTRA

John Adams
The chairman dances
Orchestre symphonique de la ville de Birmingham  
Direction, Simon Rattle  
EMI

En partenariat avec Classica

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