Quel scandale !
Programmation musicale
Dimanche 18 juillet 2021
58 min

Baston à Bayreuth

Le Ring monté en 1976 à Bayreuth, par les deux français Patrice Chéreau et Pierre Boulez, a provoqué la colère des descendants de Wagner et du public allemand jugeant les partis pris scéniques et musicaux de la tétralogie scandaleusement modernes.

Baston à Bayreuth
En signant la mise en scène du Ring de Wagner en 1976 à Bayreuth, Patrice Chéreau a déclenché une vague d'indignation et de colère de la part du public allemand, © Getty / Bertrand LAFORET

A Bayreuth, l’été 1976 a été foudroyant ! On s’y est déchiré avec une rare violence. La faute à quoi ? A la nouvelle production du Ring de Richard Wagner donnée du 24 juillet au 26 août. Cette année le Palais des Festivals de Bayreuth, conçu par Richard Wagner lui-même sur une colline à l’extérieur de la petite ville, fête son centenaire. La Tétralogie y a été jouée intégralement pour la première fois en 1876. Le lieu, l'année, tout est donc symbolique.
Wolfgang Wagner - petit-fils de Richard et directeur du Festival de Bayreuth - seul maître à bord depuis la disparition de son frère Wieland dix ans plus tôt, cherche à dynamiser l’esprit du Festival. Il invite pour ce faire des dramaturges qui osent relectures et expérimentations. Cette nouvelle production de l’Anneau de Nibelung, est donc confiée à deux français : Pierre Boulez à la direction musicale et Patrice Chéreau qui en signe la mise en scène.
Le premier scandale arrive du Président de la République fédérale d’Allemagne, Walter Scheel, qui lors du discours d’ouverture estime que Wagner est un "remarquable compositeur […] mais qu'il n'est pas le centre spirituel du monde". C’est un premier coup dans le dos pour les wagnériens !

"Maudits, soyez maudits, vous-même et toute l’équipe française de la Tétralogie !"

Le soir de la première de l’Or du Rhin, des huées d’une rare violence accueillent Pierre Boulez et Patrice Chéreau venus saluer ensemble. Le lendemain pour la Walkyrie, les cohortes wagnériennes se munissent de crécelles. Le même traitement attend Siegfried le surlendemain, et pour le Crépuscule des dieux, cinq jours plus tard, on en vient tout simplement aux mains. Pendant la 3e journée du Ring, Pierre Boulez arrête même de diriger et patiente en attendant que le calme revienne. Le petit-fils Wagner se déclare solidaire de l’équipe française et répond que le public est libre de ne pas revenir. Ambiance !
Musicalement, Pierre Boulez débarrasse les leitmotivs et l’orchestre de Wagner de son écorce épaisse, choisissant d’en privilégier la clarté. Quant à Patrice Chéreau, il fait entrer le théâtre à Bayreuth grâce à une direction d’acteurs implacable, et redonnant à la mythologie nordique qui a inspiré Wagner, une résonnance résolument contemporaine.
Mais comme l’a dit Winifred Wagner, la mère de Wolfgang : "Ne vaut-t-il pas mieux être en colère que de s'ennuyer ?". 

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Programmation musicale

Richard Wagner
L'Or du Rhin : Prélude; Interlude
Orchestre du Festival de Bayreuth
Direction, Pierre Boulez
PHILIPS

Richard Wagner
La Walkyrie : Prélude; Hojotoho (Acte III)
Orchestre du Festival de Bayreuth  
Direction, Pierre Boulez  
PHILIPS

Richard Wagner
Siegfried : Prélude; Notung (Acte I)
Manfred Jung, ténor
Heinz Zednik, ténor
Orchestre du Festival de Bayreuth    
Direction, Pierre Boulez    
PHILIPS

Richard Wagner
Le Crépuscule des Dieux : Trauermusik; Finale (Acte III)
Fritz Hubner, basse
Gwyneth Jones, soprano
Orchestre du Festival de Bayreuth      
Direction, Pierre Boulez   
PHILIPS   
DG

En partenariat avec Classica

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