Quel scandale !
Programmation musicale
Dimanche 15 août 2021
58 min

Arvo Pärt est banni

Alors qu’en 1968, Tallin en Estonie est encore sous le joug de l’Union Soviétique, le jeune Arvo Pärt compose une œuvre qui va s’attirer les foudres des autorités : son Credo est une provocation impardonnable pour Moscou. Résultat, Arvo Pärt est écarté du monde musical jusqu'à son exil...

Arvo Pärt est banni
Avec son Credo composé en 1968, Arvo Pärt provoque la colère du régime soviétique, © Maxppp / KRISTIAN JUUL PEDERSEN/EFE/Newscom

Arvo Pärt, alors âgé de 33 ans, vient de terminer de composer une oeuvre, qu’il intitule "Credo". Or, utiliser le terme "Credo" est risqué dans un pays comme l'Estonie. En effet, Dieu et Jésus sont les plus grands ennemis à combattre pour l'Union Soviétique et depuis la seconde guerre mondiale, l'Estonie est l'une des 15 républiques socialistes intégrées à l'URSS. La censure s'y applique avec la même rigueur qu'à Moscou, Prague ou Kiev...  
Dans son "Credo", Arvo Pärt fait se joindre la musique de Bach à la technique du dodécaphonisme, le tout sur des paroles tirées de l'Evangile selon Matthieu. C’est une véritable affirmation de foi qui débouche sur un appel à la résistance passive… Il y a de quoi interpeller le parti… 

A l'automne 1968, une fois sa partition terminée, le compositeur invite les membres de la commission à la répétition générale, comme c'est l'usage. Il leur explique son projet, le choix du texte latin, l'emprunt au Clavier bien tempéré de Bach, sans trop s'attarder sur le titre. Personne ne trouve rien à redire… Heureusement pour Arvo Pärt, le censeur le plus impitoyable du régime est souffrant ce jour-là. Credo est donc autorisé, les portes de la salle de concert peuvent enfin s'ouvrir...

Un succès qui dérange

C’est donc le 16 novembre 1968 que le Credo peut être crée dans la salle de l'Estonia Kontserdisaal. Neeme Järvi dirige les chœurs et l'Orchestre symphonique de la Radio Télévision Estonienne avec le pianiste estonien Mart Lille. Le succès de l’œuvre ne se fait pas attendre : l’euphorie gagne la salle, c’est un véritable triomphe auprès du public, qui demande même à réentendre l’œuvre une seconde fois.
Ce bis interpelle les membres du parti… Le compositeur est convoqué, on lui demande de s’expliquer… Mais ses réponses ne sont pas recevables pour les membres de la commission : l’œuvre ne peut plus être jouée !

A partir de là, Arvo Pärt est tout simplement réduit au silence : il ne reçoit plus de commandes officielles… Il est mis de côté. La vente et la diffusion de ses partitions sont même interdites et les journaux évitent de mentionner son nom.
Le compositeur est donc contraint de se taire durant plusieurs années. Au cours de cette période, il continuera son travail chez lui, en explorant profondément les facettes du chant grégorien et en particulier l'étude de la monodie.
Mais lassé de cette mise à l'écart, Arvo Pärt décide de partir pour Vienne à l’aube des années 80, avant de s’installer à Berlin.
Il ne retournera dans son pays qu'une trentaine d'années plus tard...

Programmation musicale

Arvo Pärt
Arbos
Orchestre de Stuttgart
Direction, Dennis Russell Davies
ECM

Arvo Pärt
Wenn Bach bienen gezuchtet hatte
Philharmonia Orchestra
Direction, Neeme Järvi
CHANDOS

Arvo Pärt
Psaume An den wassern zu babel sassen wir und weintten
Ensemble Hilliard
ECM

Arvo Pärt
Variationen zur Gesundung von Arinuschka
Alexei Lubimov, piano
BIS

Arvo Pärt
Estonian lullaby
Choeur de chambre Philharmonique d'Estonie
Orchestre de chambre de Tallin
Direction, Tonu Kaljuste
ECM

En partenariat avec Classica

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