Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 15 avril 2018
5 min

Propos sur Bach de Wilhelm Furtwängler (1951)

Pour Wilhelm Furtwängler (1886-1954), Bach était « l’Homère de la musique » et la "Passion selon saint-Matthieu" la plus grande œuvre jamais composée. C’est en l’entendant diriger cette partition en 1950 à Buenos Aires que Daniel Barenboim décida de devenir chef d’orchestre.

Propos sur Bach de Wilhelm Furtwängler (1951)
Wilhelm Furtwängler

♫ Jean-Sébastien Bach
Concerto Brandebourgeois n° 3 en sol majeur BWV 1048
Mvt. 3 Allegro
Orchestre Philharmonique de Berlin, Wilhelm Fürtwängler (dir.)
Enregistrement à la Hochschule für Musik en 1930
Disque : Deutsch Grammophon 002894775238 (2004)

« La musique de Johann Sebastian Bach, depuis sa redécouverte au début du XIXe siècle est bien la musique qui a connu le moins de hauts et de bas dans l’appréciation du public. Aujourd’hui comme autrefois, Bach est le saint qui trône, inaccessible, au-dessus des nuages. Il y a bien des raisons à cela.

Tout d’abord, cette musique possède une calme sûreté de facture (c’est-à-dire une unité parfaitement équilibrée entre les éléments mélodiques, harmoniques et rythmiques) qui nous frappe toujours d’étonnement. L’équilibre règne dans chaque morceau de Bach, même le plus bref, tout comme l’articulation continue de tous les éléments, liés au sentiment de “reposer en soi-même” depuis les origines. La logique tranquille, organique, de la pensée musicale de Bach, ne se laisse troubler par rien. La concentration sur l’instant est ici liée à une ampleur inouïe, la plénitude immédiate du moment qui passe forme un couple avec la vue d’ensemble véritablement souterraine qui embrasse le tout. Avec son sens jamais en défaut du proche en même temps que du lointain, dans l’accomplissement tout naturel de l’instant présent et la constante vigilance “souterraine” du sens de la structure, du flux de l’ensemble ; avec son “vécu de près” comme avec son “écoute à distance”, la musique de Bach offre un exemple de sûreté biologique et de force naturelle, comme on n’en rencontre pas d’autre dans la musique.

C’est cela précisément qui – sans que nous en ayons parfaitement conscience – lui donne sa place exceptionnelle. D’une part, elle est certainement spontanée, directe, plastique, éloquente ; mais, d’autre part, elle reste toujours ce qu’elle est, et ne sort pas d’elle-même et ne livre pas son secret. Elle se refuse à charmer et à parler aux hommes un langage trop direct ; force et abandon, tension et détente, vie palpitante et calme profond sont unis en elle de la façon la plus particulière et la plus inimitable. »

Wilhelm Furtwängler, « Bach » (1951), dans Musique et verbe, traduction française de Jacques Feschotte et Bernard Goldschmidt, Paris, Hachette (Pluriel), 1986, p. 265-267.

Wilhelm Furtwängler (1886-1954). Musique et verbe. Collection «Pluriel», Hachette, Paris 1986
Wilhelm Furtwängler (1886-1954). Musique et verbe. Collection «Pluriel», Hachette, Paris 1986
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