Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 27 mai 2018
5 min

Propos sur Bach de Sviatoslav Richter (1997)

Propos sur Bach de Sviatoslav Richter (1997)
Jean-Sébastien Bach - Sviatoslav Richter (1915 - 1997) pianiste russe , © Erich Auerbach, octobre 1967

♫ Jean-Sébastien Bach
Clavier Bien Tempéré (Livre I)               
Prélude et fugue en la majeur BWV 864        
Sviatoslav Richter, piano
Enregistré en juillet 1970 à Salzbourg (château de Klesheim)
Disque : Chant du Monde LDC 278525/2

« C’est à Tbilissi à l’automne 1943 que je m’attaquai à l’étude du deuxième volume du Clavier bien tempéré de Bach. Je l’appris par cœur en un mois, et en jouai immédiatement huit Préludes et Fugues, d’abord pour des étudiants, puis en public, avant de le donner intégralement à Moscou l’année suivante.

En raison d’un vieux fonds de tradition romantique, Bach était très peu joué par les pianistes en union soviétique. Le Clavier bien tempéré n’apparaissait jamais dans les concerts ; seules les transcriptions d’œuvres d’orgue par Liszt ou Busoni semblaient avoir droit de cité, tandis que les 48 Préludes et Fugues étaient considérés tout juste bons comme morceaux d’examen du Conservatoire. Avant moi (puis, plus tard, Maria Youdina), je ne vois que Samuel Feinberg à les avoir inscrits à son répertoire. Il jouait Bach à sa façon, pas comme du Bach mais comme du Scriabine dernière manière, effroyablement vite et proprement. Ça ne l’empêchait pas d’avoir beaucoup d’admirateurs, ce qui est tout à fait justifié car c’était un grand musicien. […]

Je ne suis pas un fanatique des intégrales. Par exemple, je ne joue pas toutes les Etudes de Chopin, pour la bonne raison que certaines me sont antipathiques, comme celle en octaves que je n’aime pas. Je ne joue pas non plus toutes les Sonates de Beethoven, mais seulement vingt-deux d’entre elles. La seule exception, c’est l’intégrale du Clavier bien tempéré, qui, me semble-t-il, devrait être une obligation pour tous les pianistes. Je m’y suis forcé, par défi, par désir de me surpasser. Je ne l’aimais pas tant que ça au départ. Mais une fois que je m’y fus plongé, je compris et je l’aimai passionnément. Dès 1945, j’appris également le premier tome. Je jouai l’ensemble un peu partout et si souvent que je recevais des lettres d’admiratrices : “Quand donc cesserez-vous de vous infliger la musique de Bach ?” Je prenais pourtant le soin de donner chaque tome en six récitals différents : huit Préludes et Fugues en première partie, suivis d’œuvre de Mozart, Beethoven ou Brahms en deuxième partie de programme. »

SOURCE : Sviatoslav Richter, Ecrits et conversations, publiés par Bruno Monsaingeon, Actes sud / van de velde, 1998, p. 77-81.

Sviatoslav Richter, Ecrits et conversations, publiés par Bruno Monsaingeon, Actes sud / van de velde, 1998.
Sviatoslav Richter, Ecrits et conversations, publiés par Bruno Monsaingeon, Actes sud / van de velde, 1998.
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