Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 14 janvier 2018
5 min

Propos sur Bach de Robert Schumann (1832)

Plusieurs œuvres de Robert Schumann (1810-1856), qui avait fait de l’étude du "Clavier bien tempéré" son "pain quotidien", portent le témoignage de la vénération qu’il eut pour la musique de Bach. Il écrit aussi que travailler Bach "redonne du goût pour les beautés artistiques de la vie" (1837).

Propos sur Bach de Robert Schumann (1832)
Robert Schumann, 1839, © Josef Kriehuber

« Vous auriez peine à croire, mon honoré professeur et ami, combien souvent, et avec quel plaisir je pense à vous. Vous avez été le seul à reconnaître, en moi, ma vocation prépondérante pour la musique et, de très bonne heure, vous m’avez indiqué la route que, tôt ou tard, grâce à mon bon génie, je devais parcourir. Pour les encouragements et pour les bons conseils donnés à l’enfant, le jeune homme ne peut vous adresser qu’une nouvelle prière : lui permettez-vous de vous dédier une de ses œuvres et la voudrez-vous bien accueillir ?

Depuis quelques mois j’ai suivi, jusqu’au canon, le cours théorique fait par Dorn, que j’avais déjà étudié par moi-même dans Marpurg, théoricien très appréciable. Le Clavier bien tempéré de Sébastien Bach est, en outre, ma grammaire – c’est d’ailleurs la meilleure – j’ai étudié à fond la fugue dans toutes ses parties, le profit qu’on retire de ce travail est considérable ; c’est, de plus, une étude morale et fortifiante sur l’humanité, car Bach fut un homme. On ne trouve en lui rien d’inachevé ni de malsain : son œuvre est écrite pour l’éternité. Il me faut maintenant étudier la lecture des partitions d’orchestre et l’instrumentation.

Je vous mettrai plus tard au courant de mes projets, en attendant, veuillez recevoir l’assurance de ma respectueuse affection. »

Référence :
Robert Schumann, Lettre à son professeur Johann Gottfried Kuntzsch (Leipzig, 27 juillet 1832), dans Lettres choisies de Robert Schumann(1827-1840), traduites de l’allemand par Mathilde P. Crémieux, Paris, Librairie Dischbacher, 1909, p. 171-172.

Jean-Sébastien BACH
Prélude en ut dièse mineur BWV 849 du Clavier bien tempéré (Livre I)
Pierre-Laurent Aimard, piano
Disque : Deutsche Grammophon 479 2784 (2014)

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