Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 22 octobre 2017
5 min

Propos sur Bach de Paul Dukas (1894)

Propos sur Bach de Paul Dukas (1894)
J-S Bach / Paul Dukas

« Les œuvres vocales de Jean-Sébastien Bach exigent une interprétation si spéciale, un style si large et si précis, et une virtuosité si parfaite, elles nécessitent l’emploi de moyens matériels si peu usités dans la plupart de nos orchestres, comme, par exemple, l’orgue et les instruments de cuivre aigus, qu’on s’explique facilement la rareté des occasions qui se présentent de les entendre et de les admirer.

Mais il est évident, à voir l’empressement que le public met à venir entendre cette musique d’une inspiration si pleine, si débordante à chaque fois qu’elle est jouée, que le goût musical a subi en France de sérieuses transformations. Il nous semble qu’à présent les Parisiens sont bien plus disposés qu’autrefois à vouloir pénétrer ce qu’ils considéraient jadis comme impénétrable et à l’admirer, d’ailleurs peut-être aussi aveuglément.

Nous estimons que ce mouvement de curiosité qui emporte aujourd’hui la meilleure partie du public vers les grandes œuvres du passé, ne pourra qu’avoir la plus heureuse influence sur le développement ultérieur de son éducation. Au contact d’œuvres aussi puissantes, aussi grandioses que celles de Jean-Sébastien Bach, le public pourra enfin se rendre compte que la science dans l’art ne tue pas l’inspiration, mais qu’elle la vivifie au contraire au point de la soulever en prodigieux essors, en envolées d’autant plus larges et plus sûres.

Comment n’être pas émerveillé en pénétrant dans l’œuvre de Jean-Sébastien Bach ? Il semble qu’on s’enfonce en quelque forêt sonore, dont les végétations luxuriantes s’enchevêtrent harmonieusement, où chaque pas amène la découverte de nouvelles splendeurs. Une vie surabondante, une conception qui toujours semble défier une exécution invariablement claire, une science se faisant sans cesse inspiration, parent cette œuvre d’une indestructible beauté.

Plus on se familiarise avec les étonnantes créations de ce grand génie et plus on leur trouve de profondeur et de force expressive sous leur forme d’apparence scholastique. Cette forme même se révèle à la fin aussi riche et aussi variée que le fonds auquel elle sert d’enveloppe. En réalité la musique moderne date de lui. »

Référence :
Paul Dukas, « Les Cantates d’église de J-S Bach », article paru dans la Revue Hebdomadaire (février 1894) ; repris dans Les Ecrits de Paul Dukas sur la musique, Paris, Société d’éditions françaises et internationales, 1948 (p. 162-164).

♫ Jean-Sébastien BACH
Prélude en mi bémol majeur BWV 998
Arrangement pour guitare à 7 cordes
Michel Beauchamp, guitare
Disque : Disques XXI-21 records XXI-CD 2 1735 (2011)

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