Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 8 octobre 2017
5 min

Propos sur Bach de Nikolaus Harnoncourt (1984)

Nikolaus Harnoncourt (1929-2016) fonde en 1953 le Concentus Musicus, un ensemble de musiciens jouant sur instruments d’époque avec lesquels il révolutionne la manière d’interpréter et d’écouter la musique baroque. Dans « Le Dialogue musical » (1984), il parle de l'interprétation de l'oeuvre de Bach.

Propos sur Bach de Nikolaus Harnoncourt (1984)
Nikolaus Harnoncourt, 1980, © Marcel Antonisse

« Jean-Sébastien Bach a porté le principe baroque du “discours musical” à la plus haute perfection. Si ses compétences et ses intérêts couvraient tous les domaines imaginables de la création musicale, la rhétorique constituait l’un des points centraux de la construction de toutes ses œuvres. Bach construisait consciemment ses œuvres selon l’art de la rhétorique, et le “discours sonore” était pour lui la seule forme de musique. […]

Chez Bach, texte et musique sont liés d’une manière intime. Cette relation directe et inouïe est de la plus grande importance pour nous, musiciens. Nous ne séparons donc pas le texte de la musique, nous ne cherchons pas simplement à faire une belle musique, avec des paroles qui y seraient plus ou moins bien adaptées, mais au contraire nous voyons une combinaison idéale du mot et du son, et une interprétation idéale, qui chez Bach se réalise souvent à plusieurs niveaux.

Autrement dit, le chanteur chante un texte, l’orchestre commente ce texte, sans se contenter uniquement de l’accompagner, il l’interprète, il en explique le contenu dans le sens que Bach a voulu lui donner. C’est donc l’idée de sermon qui est sous-jacente. Bien entendu, un sermon dont l’expression verbale et l’interprétation musicale et rhétorique s’effectuent à plusieurs niveaux simultanément et qui contiendrait aussi l’élément gestuel dans l’esprit de l’ancien drame musical, tout cela tel que ce serait inconcevable sous une forme purement parlée.

La découverte de cette pluralité de niveaux suppose bien entendu une analyse précise de la part de l’interprète ; chaque partie instrumentale doit donc recevoir sa propre configuration rhétorique, laquelle contredit fréquemment le texte chanté ; ce n’est que de l’effet d’ensemble que se dégage le sens, le plus souvent moral et pédagogique. »

Référence :
Nikolaus Harnoncourt, Der Musikalische Dialog. Gedanken zu Monteverdi, Bach und Mozart (Residenz Verlag, Salzburg und Wien, 1984) ; Le dialogue musical (Monteverdi, Bach, Mozart), traduit de l’allemand par Dennis Collins, Paris, Gallimard, 1985.

Le dialogue musical
Le dialogue musical, © Gallimard

Jean-Sébastien BACH
Erbarm dich mein o Herre Gott BWV 721
Arrangement pour violoncelle, mandoline et contrebasse
Yo Yo Ma, violoncelle
Chris Thile, mandoline
Edgar Meyer, contrebasse
Disque : Nonesuch 7559793920 (2017)

L'équipe de l'émission :