Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 18 février 2018
5 min

Propos sur Bach de Johannes Brahms (1877)

Tout au long de sa vie, Johannes Brahms (1833-1997) reste profondément attaché à l’art de Bach qui nourrit son œuvre instrumentale et vocale. Il participe à la première édition monumentale de ses œuvres et transcrit également la « Chaconne pour violon seul » au piano (main gauche) en 1877.

Propos sur Bach de Johannes Brahms (1877)
Johannes Brahms, vers 1875, © Fritz Luckhardt

♫ Jean-Sébastien BACH
Partita pour violon n° 2 en ré mineur BWV 1004 : Chaconne
Arrangement par Aleksandar Sedlar
Nemanja Radulovic, violon
Disque : Deutsche Grammophon DG 4795933 (2016)

« Chère Clara,

Je croirais volontiers aujourd’hui ne t’avoir rien envoyé d’aussi amusant depuis longtemps – si tes doigts tiennent le coup ! La Chaconne est pour moi l’un des plus merveilleux et inimaginables morceaux de musique qui existent. Sur un système et pour un petit instrument, Bach crée un monde plein de pensées profondes et de puissantes sensations. Si je m’imaginais avoir pu écrire cette œuvre ou simplement la commencer, je suis certain que l’énorme excitation et le choc m’auraient rendu fou.

Quand on n'a pas un grand violoniste à côté de soi, le plus beau est de la lire et de la faire sonner en esprit. Mais cette œuvre ne te laisse pas en paix et te pousse à en faire quelque chose. On ne désire pas toujours entendre la musique sonner simplement en l’air et, comme Joseph Joachim n’est pas là souvent, on essaie ceci ou cela. Mais quoi que je prenne, orchestre ou piano, mon plaisir en est gâché.

Je trouve qu’il n’y a qu’une seule façon de s’approcher du pur plaisir que donne cette œuvre, même si c’est de façon très diminuée : c’est quand je la joue avec la main gauche seule ! Une difficulté comparable, une science de la technique, les arpèges, tout contribue à me faire alors sentir comme un violoniste !

Essaie de la jouer : je ne l’ai couchée sur le papier que pour toi. Ne fatigue pas cependant ta main de façon excessive ! Comme cette pièce exige autant sur le plan du ton que de la puissance, joue la d’abord mezza voce. Trouve-toi des doigtés pratiques et agréables. Si cela ne te fatigue pas trop, ce que je crois, tu devrais en tirer du plaisir. »

SOURCE : "Lettre de Johannes Brahms à Clara Schumann", Pörtschach juin 1877, dans Brahms par ses lettres, traduit de l’allemand, présenté et commenté par Christoph Looten, Actes Sud, 2017, p.210-211.

Brahms par ses lettres - Christoph Looten
Brahms par ses lettres - Christoph Looten, © Actes Sud
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